en Islande et aux Féroés - (31 à 34)

Lundi 2 mars 2009


La route numéro 1. Un ruban de goudron collé sur un contour plat du pays. À mon rythme je l'empruntais, dans le sens des aiguilles d'une montre.

À 8h00, il y a Reykjavic, capitale septentrionale de mes premiers jours islandais.


Je suis là, heureux trotteur d'un globe-horloge, sur cette grosse île arrondie par une route périphérique.


L'été s'achève. Sans insister.

Et avec lui, à mesure qu'une saison passe, se dissipent un à un les charmes du doux calendrier sans nuit.


Quelque part ça naît.

Ailleurs ça meurt.

La vie partout. Partout la vie.


Jamais je n'ai su nuit si courte, si grande, si soluble.


Cette curiosité s'apprécie davantage encore lorsque l'on sait l'autre moment, interdit de lumière solaire. Le rendez-vous chronique du temps soumis avec 1°c symbolique. Quand le baromètre s'adonne à cingler très fort l'épiderme.


Or, par ce qui ici n'est rien d'autre qu'un retour classique d'ascenseur, les éphémères de la suprématie du jour s'en vont toujours, imperturbables, pour muter en leur contraire.


Auparavant, l'idée du froid m'avait amplement échappé. Comme en attestait à présent ce changement radical du climat aux devants de mon arrivée.

Et puis, évidence immuable, ce mal d'hiver imprévu s'était posé sur moi, et il venait de s'imposer pour mieux peser sur ma nouvelle itinerrance.


Le froid, j'apprendrais à l'aimer en marche, comme cette habitude incroyable des tourments météorologiques.

Au sein d'une même heure parfois, la neige, le soleil, et le vent, et la pluie...

Je vérifiais ce proverbe local: « Si tu n'aimes pas le temps qu'il fait, attends 5 minutes! »


Et chaque fois que l'intempérance du ciel ne m'y empêchait pas, j'écrivais.


J'écrivais et j'écrivais.

Juste pour moi.

Premier grand luxe littéraire que s'accordait mon très long congé sabbatique.

Plus tard, j'apprendrais sans surprise, qu'en conséquence, entre autre, de ces longs hivers sans lumière, l'Islande détient dans son coin la plus forte densité d'écrivains au monde.



Aujourd'hui je suis là, dans un de mes innombrables entre-deux.

Un antre-lieux.

Tout au bout de ma droite, c'est le début d'un jour.

Là-bas très loin vers la gauche, c'est l'amorce d'une nuit.


Je sais qu'un de ces lendemains, le sens du mouvement qu'a choisi de suivre mon corps exposera les hospices d'une nouvelle cartographie. Au fond peut-être ne le sais-je que par refus de me le dire, et sans que n'en soit contrariée l'inexorable répartie du temps.


Si le temps avait le langage, il aurait le dernier mot, le premier et le dernier Moi...

Au lieu de quoi c'est nous. Nous qui n'avons pas sa durée. Nous qui l'endurons lui, et ces cycles et leurs restes.

Nous qui n'avons le temps...


Alors Je parlais et Je parle.


Je parle avec le temps. Avec le déplacement des choses.

Avec la perte d'un repère, l'inconnu enfin retrouvé, les signes d'une trajectoire...


Aussi je parle à la parole, à l'écrit.

Je parle sans corde vocale, sans langage, aux espaces d'entre les mots... Et aux silences courts d'instants-regards qui les remplacent.


J'entretiens des dialogues avec tout ce qui me touche.

Ô tant et tant de choses aphones!

Et le monde et sa connaissance. Sans langage pour me les dire.

Mais ça et là ils se ramassent.

Voyez! Je tends la main pour les entendre.


Pourvu seulement qu'à nouveau ils me traversent, et j'en redeviens l'interprète.

J'accouche alors les messages : Maïeutique animiste d'un nuage extensible, de couleurs en chute libre, un sein de femme océanique. Là, une nasse en osier, un phare cyclope tournant de l'oeil seul au bout d'une plage noire, un pays et ses secondes, un pays, et ses forces giratoires...



Celui qui croit ne pas savoir a bien raison d'avoir tort.

Celui qui refuse d'avoir tort se réinvente le savoir.


Par compromis, je formule des questions.

Répands de même les solutions des équations.


Rien ne se perd.

Rien ne se crée.

Tout me transforme quand je me tais.



Traînent les lunes, tombe la neige.

Tout autour de l'Islande, je parle au silence de plus bel.


 

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Jeudi 5 mars 2009



Marié à la numéro 1, un inlassable autocar fait sans cesse le tour du pays.

Il se prend à répétition. Il s'arrête à volonté.

Si ça me chante, je peux faire halte à chaque borne, et le jour suivant le reprendre. Au même endroit. Ou bien plus loin.


Je ne suis pas pressé, ni attendu à quelque bout du cercle. Alors je prends mon temps et il me le rend bien.

Et chaque fois que changent les paysages, c'est à dire à peu près tout le temps, je descends avec mes affaires.


Une seule règle est de mise pour que le ticket soit valide: Rester dans le même sens! Ne pas revenir en arrière, mais toujours aller de l'avant.

Voilà!

Ce n'est pas formulé exactement en ces termes mais ça sonne mieux ainsi.


Lors de l'achat à Reykjavik donc, je n'ai eu à choisir que la direction du départ.


« Je voudrais ce lac d'icebergs gris, bleus et blancs, s'il vous plait. »


Sans guide ni carte à ce moment, c'est la première image venue qui fît office de déclic sur mon appareil décisionnel.

Une large photographie sur le mur d'une agence.


De toutes façons, par la gauche ou par la droite d'un même cercle, il y avait fort à parier que j'en reviendrais au même.


Alors ça y est, c'est parti!

Roulez jeunesse! Et en avant vers le sud!

La capitale, je la visiterai plus tard.



Quand on est collé à la vitre, chacun de nos trajets ressemble au vieux film d'un rêve. Les paysages semblent irréels, comme des fonds marins asséchés, kidnappés par des sols lunaires.

Mais ici comme ailleurs, pour transposer au présent son vieux rêve qui défile, vivre pleinement l'irréel, et en somme traverser l'écran, il faut savoir bien s'éloigner de son moyen de transport.


Non, les pauses pipi ne suffisent pas!


La route numéro 1, malgré son nom de star, est assez peu empruntée.

Un car par jour dans les deux sens. Quelques 4x4.

Par-ci par-là une Volvo. Une petite poignée de camions.

Et ah... Tiens! Là, deux aventuriers à vélos.


Mais la nuit, rien.


Chaque islandais possède pourtant sa voiture. Mais il y a très peu de villes, et sur l'ensemble du pays, à l'exception d'une dizaine d'agglomérations, on croise souvent plus de moutons que d'habitants.


Aussi, avant les nuits de belle étoile, où des imprévus climatiques sont toujours à envisager - pour ne pas dire « prévisibles » - il faut bien choisir son endroit, ne manquer d'aucune provision. Bien garder aussi à l'esprit que le décor a ses secrets, et son lot de surprises, pour rendre soudainement toutes ses beautés dangereuses, alors qu'aucune aide extérieure ne saurait être possible.


Souvent, pour mieux m'en rendre compte, je laissais le car quelques jours.

Et m'en allait frotter du pied, tâter du stop, compter les lichens et les astres, en suivant le tracé fragile de quelques pistes intérieures.


De ces escapades il ressort, une certaine récurrence météoro-géologique qui pourrait faire lieu d'aphorisme :


Accrochée au cercle polaire arctique par la petite île de Grimsei, perdue entre Groenland et Norvège, là où aucun arbre ne pousse, et où la terre elle-même à grande peine à exister, l'Islande - de son vrai nom, « la terre de glace » – est un territoire insulaire où chaque réunion de gouttes de pluie en flaques est une orgie sans lendemain. Balayées rapidement par d'autres intempéries, ou quelques fontes de glaciers, elles forment, dés le tout premier lit défait, des rivières nouvelles qui bientôt deviendront torrents.


Une fois passée, avec un succès relatif, mon accommodation au froid, la mission la plus fréquente, non sans lien avec la première, résidait dans les passages de gués.

Là, c'est une eau glaciale qui galope avec un débit très puissant. Généralement, peut être par pudeur, l'eau reste en dessous des genoux.

Mais dans les pires scénarios, elle grimpe jusqu'à la taille!


Et c'est alors que ce qui ne doit pas arriver, arrive...


Pendant que des vaguelettes festives chatouillent mon caleçon et que ma chair de poule hardie rivalise de courage avec mes dents qui claquent, mes pieds gelés font de leur mieux pour s'accorder avec la poigne de mes mains agrippées à leur sac à dos.

Mon corps, tel un miracle de la nature, tient tête à la saga du froid!

Mais mon équilibre un peu moins, face aux élancées du courant. Et au premier méchant cailloux sur lequel ripe mon talon, je fais un plouf lamentable de toute la moitié de mon long.


Ma tente a été épargnée. Mes carnets sont trempés.

Après le recensement des quelques habits secs dont mon corps devient le gardien, j'écris pour me réchauffer. Et comme je n'ai plus de papier, je m'esseye alors au Land Art à l'aide de pierres rassemblées.

Une fois venu à bout de cet alphabet islandais, je ne sens plus mes mains, je ne sens plus mes pieds, je ne sens plus mon corps.


Jusqu'à un autre de mes jours, je crois que le froid est passé.

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Jeudi 12 mars 2009



On dirait les nom et prénom d'un amour de jeunesse magique. Ou bien l'affection d'une femme, le jour où son enfant prend froid.

En vérité, c'est une tendresse naturelle à l'échelle d'un village.

Dans la foulée d'un danger écarté, suivront les remontrances d'une voix bien intentionnée. De celle que l'on sent heureuse, enfin, de pouvoir se rassurer en nous disant qu'une prochaine fois il faudra faire plus attention. Machinalement, on acquiescera, comme si de rien n'était plus.


Je suis au lit. Il est à moi.

Héros d'une fin de saga qui après s'être tant donné ne sait plus s'il a vaincu.

De la vie me semble ailleurs. Et si proche, que les bras de ma torpeur ne la saisisse que floue.

Je suis malade. La meilleur couverture du monde m'accable de son réconfort.


J'ai attrapé sans doute une glaciopathie carabinée, une fièvre iceberg, une grippe esquimaude, peut être les trois d'un coup...

Ou alors l'un de ces fléaux endémiques au grand nord qui stalactite la volonté, morfond toutes les perspectives et fait pleurer du nez.


« Tu as moins de force qu'une chaussette.

Ton cerveau est le roi des gauches et ses émissaires ne sont rien.

Rien que deux manchots albinos.

Ô mon ami, tu es pâle!

Pâle comme un glaçon tout chaud.

Pâle comme un garçon sans joie.

Et ta belle du voyage, ta gitane de poésie.

Elle est fondue, au fond du gouffre... »


Ainsi parlaient les elfes tout autour de mon lit.


Loin penchées sur mon sort, deux walkyries concentrées cherchent des poux à de vieux grelots sourds.


Assez me dis-je!


Opère alors une révolte cérébrale. Branle-bas de combat chez mes neurones et mes sens. Mais rien n'y fait.

Je ne comprends toujours pas.


Eux pourtant, ne semblent pas comprendre que je ne comprenne pas.


Et moi, comme une information perdue derrière mes yeux entrebâillés, depuis l'autre pays lointain de la pièce où nous nous trouvons, je n'ai pas la moindre conscience que ces personnes autour sont vraies.


Avant ou après, ça a beaucoup tergiversé.

Rhinopharyngite? Simulidose?

Vraisemblablement l'une sur l'autre.


En islandais, les gens ne parlent pas. Mais ils chantent, ou alors ça y ressemble.

C'est envoûtant de les entendre. Comme le bruit de l'eau qui court dans une rivière où l'on tombe, en plein coeur d'une région seule et que le folklore dit hantée.

Ici aussi, dans cette vielle ferme de Vík, le charme de leur chant agit. Même s'il naît de mes symptômes, de leurs noms, et du mélange des champs lexicaux de mon mal.


Je me sens tout con maintenant. Comme un macareux juste né.

Et eux, ce sont mes ornithologues.


La simulidose n'est pas du tout cette maladie réservée au randonneur qui simule mais une infection très locale que l'on doit à un moucheron minuscule, le simulie. Mais ce n'est pas la saison, alors allez savoir pourquoi...

J'ai du me faire piquer par le tout dernier spécimen vivant de l'édition 2002. Et le bougre était tellement seul que je n'ai pas vu son nuage.

L'autre spécialité du coin, c'est la rhinopharyngite. L’énergie géothermique qui fournie gratuitement du chauffage à toute l'île est tellement efficace que les passages du chaud au froid sont des calvaires pour le pharynx.


J'ai vraiment bien fait de me poser ici, aux premiers signes étranges de mon dérèglement métabolique.

C'est la station la plus pluvieuse du pays et je ne le vois même pas. Je reste alité une semaine avec souvent des gens autour, debout. Des gens qui me parlent, ou alors qui parlent de moi en me montrant du doigt avec l'ongle de leur menton.



Par là, il y a peu d'âmes qui vivent. Mais tous ceux qui viennent me voir ont entendu parlé d'un vaste alphabet de pierres, 100km plus loin, près de la petite ville d'Hella.

Ceux qui m'en parle ne l'ont pas vu. Il savent seulement que par là-bas ça prête à de vives polémiques.

Certains y voit un hommage à leur île, la fierté d'une langue ancienne qui n'a rien perdu dans les siècles, et l'identité d'un pays au plus proche de la nature, plus originelle que jamais, et plus fragile que toujours.

Pour d'autres avis, au contraire, c'est un scandale écologique. Déplacer autant la nature peut menacer l'écosystème. C'est le geste inconscient d'un touriste qui, si on laisse faire sans rien dire, risque de se voir imité.

L'église s'en est mêlé. Et toutes les superstitions d'ajouter au débat publique.

Tout le Landmannalaugar est un région "hantée". Et en particulier les alentours d'Hella. Au pied du glacier Mýrdal, le petit village de Vík connaît aussi son lot d'histoires de fantômes.

Rationnel écolo, superstition, religiosité, croyances diverses, un brin de conservatisme, et quelques esprits artistiques qui osent même parler d'oeuvre d'art... Entre tout ça, le coeur de l'opinion populaire islandaise balance. Et le mien joue du triangle.

Mais pas longtemps, puisqu'au moment où on m'en parle quelques impatients d'Hella ont déjà rangé mes cailloux.

Depuis mon oreiller malade, je ne sais pas quoi en penser.
Je ne suis pas encore ému. Pas encore amusé non plus.

La seule image qui me vient, comme un cheveux sur la soupe, c'est une assiette de pâtes alphabet. Sans doute parce que enfant, j'aimais moins les manger que d'en mettre plein sur la table.


« Mais quand la table c'est ton pays..!
Ô mon ami, vient donc prendre ton repas.
Ta belle du voyage, ta gitane de poésie...

Elle a fondue sur notre automne.
Elle a fondue dans ton assiette.
Mais de loin elle répand son souffle. »



J'aurais voulu garder juste une lettre.

                                ð

Avec sa petite croix en haut, clin d'oeil mutuel de l'homme et de la femme.

                   ♀ ♂

 

 

Après les vers matinaux sur le sable de Koh Chang, et maintenant cet alphabet Islandais. Malade ou pas, une nouvelle passion confirmait le bout de son nez:

Le Land Art typographique et ses lendemains éphémères.


Pendant quelques jours prochains, en compagnie de somptueux ciels boréaux, ma convalescence se bornera à des écritures solitaires de poèmes à mon carnets.


Mais après, un jour et puis encore d'autres, cette manie d'écrire, sans encre mais sur le monde, deviendrait mon jeu préféré. Mon jeu de mots le plus chronique.

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Vendredi 20 mars 2009



Chaque jour suffit sa plaine. Ainsi l'été touche à ma fin et il est l'heure de repartir. L'heure de répartir l'horizon dans quelques plis de mes bagages et d'aller froisser mon blue jean sous les nuées d'autres pays.



Une petite tente igloo, rouge et deuxième main, avec laquelle j'imite malgré moi l'aventurier mal équipé entre Selfoss et Hella, entre Höfn et Dettifoss, Húsavík et Akureyri, Egilsstaðir et Seyðisfjörður.

Avant de m'échouer à Vík, j'ai joué le bourgeon ambulant, le champignon, déambulé et intrépide au hasard des branches ramifiées de la route numéro 1.

Puis un passage de gué et un alphabet plus loin m'ont immobilisé, pour mon bien, dans une ferme et un village aux abords d'une plage toute noire.

Je restais là, sans « broncher », jusqu'à retrouver ma santé et le fil dénoué de ma voie.


D'abord à l'écrit, dans mon lit. Puis à l'écrit, sur la plage. Puis à l'écrit, sous la pluie...

C'était pourtant à prévoir. Un tel calendrier de précipitations c'est le point d'eau commun entre Vík et Seattle.


À ces heures basses où rien ne bouge, sauf un soleil feignant de s'aliter avant de revenir sur ses pas cependant qu'il se fait bordé. Ici, les ciels boréaux sont de puissantes peintures à l'huile. De l'outremer tâché d'incandescence. Mais n'en déplaise aux beautés oculaires, plus d'un soleil couchant sur deux tombent à l'eau avec sa peinture. Juste pour arroser son île et les autres charmes en pousses.


Toujours pas vu les icebergs gris, et blancs, et bleus. Ce bassin et son estuaire, où s'offre à voir l'impressionnant vêlage du Vatnajökull.

Jökulsárlón m'attend toujours sur la route. D'un bond je me décide. J'y vais. Béni à nouveau par mes hôtes.

Et juste avant départ, j'enfouis dans mon auguste chambre quelques vers expérimentaux écrits juste à l'oreille, ou soufflés par les elfes, dans cette langue qui m'échappe merveilleusement.


Après cette heureuse immersion dans la culture islandaise, mon aplomb reprend du service et mon sac se reremplit de thon en boites et de sachets de céréales.

Les paysages suivant s'échangent, sans aucun pourparlers. À croire que Vík est la frontière entre le fragile du vert tendre et le lunaire sombre incolore qui s'étend jusqu'à Höfn.


Longer la côte, les contours de glaciers, les flancs de volcans.

Jusqu'au singulier coup de foudre, une heure durant, pour le plus formidable bac à glaçon du monde. Tous les jours, le glacier Vatnajökull accouche dans Jökulsárlón.


Il est l'heure de repartir. Alors je rebourgeonne un temps jusqu'aux chutes de Dettifoss, pour éprouver au plus près les forces de la nature. Jusqu'à Húsavík et Akureyri, pour la sonorité des noms. Depuis le col du cratère de Krafla, je note que certains visiteurs ont laissé tout au fond divers petits messages de paix, écrits avec les seuls moyens du bord, des pierres...


Je n'achève pas le tour de lîle, tant pis pour Reykjavík et mon pass circulaire.

À la place, je lève mon pouce en marche arrière.


Il est l'heure de repartir.


Sur le port de Seyðisfjörður, un gros bateau m'embarque. L'ancre est levée.


Adieu à la maison de tourbe et aux silences géologiques des orgues basaltiques. Le chant des vagues trace la courbe qui me montre du doigt l'Europe. Et pour mieux lire dans l'océan, je jette des vers à la mer.


Après l'Islande, voici les îles Féroé.


Entre les deux, le grand large, les salles d'un ferry sans vie et au dehors, miracle : Une grosse poignée d'épaulards!

J'apprends d'un militant écologiste que cette année les Féringiens n'ont pas organisé de « Grind », l'abattage rituel sur leurs plages de centaines de globicéphales qui nourrissent ces îles en toutes saisons.

Sans connaître la tradition, je me réjouis de ne pas pouvoir assister au traumatisme visuel d'un littoral ensanglanté assorti à ma tente igloo.

Je suis heureux alors de demeurer pour quelques jours la seule petite goutte rouge sur ce gros rocher vert.


Des nuits et des tangages plus loin, je débarque à Bergen.

Et pour ma première entrevue avec la culture norvégienne, je cours manger comme douze quelques spécialités mongols, dans un restaurant de la ville qui sert à volonté.


Adieu les boites de thon et les céréales en sachets, pensais-je...



 

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