Place des Abesses, 19 avril 2003
La durée...
C'est le temps qui s'écoule. Sa notion
c'est l'existence ordinaire d'imperceptibles changements.
Qu'ils prennent place sans la rendre! Et comme si de rien n'était.
Partout. Juste là où l'on n'est pas. C'est la vie.
Pour qu'à jamais autour, ce que l'on connaît reste à voir.
Voyager loin ne concerne plus l'horloge mais
un commun mouvement au voyageur et à la Terre.
Il se peut qu'il opère le ralentissement du temps.
Pour soi, ou intérieurement.
Aveugles ailleurs, visibles dans l'écart seulement,
les vitesses s'entassent à l'empilement des jours.
Une vielle dame regarde par sa fenêtre.
Tous les quartiers, et le ressentiment avec.
Entendues au coeur du métro, les langues étrangères d'un quart du monde nouveau.
Tous les gens, toute leur vie...
Tout ce qui passe, qui se passe, ou se pense, tout,
entre les regards amis ou les poussettes des enfants.
Les rues au long cous de la ville, les façades à la main.
Le pouls d'un bus accordéon qui joue en sourdine en banlieue.
Les vêtements de la mode, les vétérans sur leurs bancs. Le sourire
jaune et bleu du printemps. Mon retour de l'absence.
Rien.
Rien de tout ça ne se comporte comme avant.
Disparu de mon quotidien avec d'autres mots inutiles, le dépaysement resurgit.
Et moi?
Je suis comme la vielle dame égarée à sa fenêtre.
Je peux reconnaître la ville mais sans vraiment m'y retrouver.
Alors je me raconte. On m'écoute et je me répète.
Chez ces amis, réapparus avec moi, je me noie allégrement.
J'ai souvent peine à camoufler une déception « poétique » à voir ce qu'il ou elle sont devenus. Dépouillés de leurs étincelles.
C'était le voeu cher à la France. Heureusement, tous ne l'ont pas exhaussé.
J'ai souvent peine pour quelques uns, et puis je leur fais une raison.
Donnez moi juste quelques jours!
Donnez moi juste le temps.
Je serais ce poisson dans l'eau qui a repris le poil de la bête parisienne.
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