Lundi 6 avril 2009



Des rencontres atypiques chassent des nuages cannabiques
et puis mutuellement, les uns les autres se renouvellent.

Sans décliner l'invitation autour des couverts en argent et des réjouissances du foie gras, j'ai attendu à Amsterdam et laissé la Terre tourner. Mais en guise de cadeau de Noël, je ne l'ai pas fêté.
Je suis resté ailleurs. Juste le temps nécessaire pour en dépasser la date.

Et puis, le vent mousseux à retrousser la manche de mon pouce fraîchement levé.

Une frontière et une fouille.

Anvers et Bruges à travers Flandres.

C'est un autre plat pays qui n'est le mien
mais s'en rapproche.

Là, des souvenirs familiaux resurgissent. Comme un vieux coucou mal réglé.
L'odeur d'un dimanche à l'hospice au chef-lieu de l'octogénie.
Un paysage du moyen-âge où tous chemins mènent à l'église.
Des musées du silence, rangés aux jardins des châteaux.
Qu'est ce que c'est beau... Qu'est ce que c'est chiant...
Et les hôtels, les restaurants...

Tout petit, mes parents m'avaient initié à ces visites culturelles faites d'ennui chamarré.


Meilleur est le goût du présent.
Celui de Bruxelles m'en réjouit par le retour de l'usage de la parole.

Ce soir, il sera 2003 une fois.
Sans la branche de gui.
Et sans résolution.

Lao, thaï, anglais, khmer, Islandais, féringien, norvégien, suédois, danois, hollandais.
Voilà plus de quinze mois que je perds la moitié de ma langue. Que sur des pages, toutes témoins de mes heures, je protège la seconde, en admirant ailleurs les sons, les alphabets, et tous les accents étrangers.

Ce soir, sept milles fois au moins, dans mes oreilles et dans ma bouche, un langage impatient va prendre d'assaut ma parole. Je le savais d'avance, comme si c'était écrit.
La Belgique, pourtant, me réserve aussi l'inconnu et la surprise. De celles qui appartiennent au temps, et se forgent avec la durée.
Passé ce lendemain des joyeux lurons digéré, je serais fait prisonnier par mes envies d'y rester, par ma facilité à le faire, par une sympathie au bout des doigts.
Plein de projets en mains, mes nouveaux amis m'encouragent à prendre racine chez eux.

Au sein des grandes ville, comme à Christiania peu avant, j'aime vivre ce qui est contrasté.
Là, ce sont les squats bruxellois, les collectifs d'une culture capitale parallèle, et des artistes militants lancés à la reconquête de l'espace public. Citymined, Recyclart... Underground divers, éphémères variés.
Les oeuvres temporaires façonnent un urbanisme hors-pierres, et bien vivant.

Là où les initiatives socio-artistiques fourmillent, nombreux sans-papiers se côtoient.
Beaucoup d'entre eux ont fait plus longue route que moi, et j'en relativise les mérites de mon voyage.
J'ai l'encre solidaire depuis, et allègrement mouillée à engager mes écrits. À défaut de papiers pour tous, j'écris au rapprochement des peuples.

Dehors, je ne suis jamais à la porte mais tout entier à l'air libre.
Et aux carrefours du monde, aux correspondances des villes.
Je n'habite pas. Je ne réside plus.

Toutes les maisons me ressemblent
mais je ne les remarque plus.

Les rues s'effeuillent.
Le temps pense.

Par monts, par vaux, et maintenant par villes, l'écriture va
dans tous les sens de la vie.


De janvier à avril, contre des haïkus sur des frites, une sandwicherie près de Grand-Place m'offrira tous mes repas.

Et puis Lille.
Et puis Paris.

Et puis...
Bruxelles sera ce nouveau cycle que le passé vient d'attraper.


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