Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /2009 21:49




au sang froid le flot d'un feu rouge

au sang chaud juste un cris sans voix

à la brûlure deux demis cercles de gens sur l'inconscience propre à soi seul

et qu'importe

le temps n'arrête qu'une sirène

et du bruit rond sur la lumière

après l'horizontalité du corps dans la longueur de l'ambulance

immaculée la chambre

et les quatre parois du temps

espace des yeux sur l'ouverture où l'on reprend la suite où la nuit nous avait laissé

l'image dernière le sens en vague diffuse

l'inconnu de soi incertain d'être encore et toujours à la nuit autour

sensation impersonnelle mais sans mal

ou la lourdeur du ventre raide et la minute qui superpose sans rien décider de nous

le passé du voyage et celui de l'intérieur

voir le vécu

puis attendre de savoir et

par ici se reprendre la connaissance de soi


écoutant s'ébattre la vie comme si c'était normal

qu'elle et moi nous trouvions si mêmes



Depuis le début semble-t-il, la mort dormait hors d'atteinte, à l'écart du cran d'arrêt et indifférente à la plaie.

 

Le petit homme nerveux, agressif pour la contenance, se trouvait si loin de ma vie qu'il n'avait à aucun moment songé à me la prendre. Son geste, à l'image de sa colère, aurait voulu dire autre chose. Mais c'est la frustration rageuse de ne pas y parvenir qui aura eu le dernier mot et la ponctuation finale d'une virgule sous mes côtes.


Ils seraient rares les chats gris de la nuit à avoir eu la chance de neuf vies pour refaire leurs jours. À toutes les heures d'alentour, il faudrait reconnaître alors combien les choses qui peuvent arriver nous échappent.

En d'autres circonstances plus à même de négocier, l'instinct sanguin de la survie qui animait sa peur de n'être pas pris au sérieux, la peur hors d'elle à l'idée de ne pas faire peur, l'aurait fait taper sur la table avec les doigts serrés en poing sur le manche de son couteau. Mais sans le toit ni les convives, et sans la distance d'une table, l'affliction anonyme, aussi violente qu'incomprise, transgresse en bloc tous ses moyens d'inexpression.


Le planté de la lame avait suivi la menace visuelle de l'arme, en prolongeant à la volée une poignée de mots inaudibles. Comme s'il avait du faire ses preuves par un accusé réception, au cas où mon calme apparent ne témoigne avec arrogance du grave aveu d'un doute sur les intentions du message.


Au London Chest Hospital, enturbanné de tissu blanc à la façon d'une gaine de noces, je ressassais la scène et inspectais le lieu. Du dedans comme du dehors, je ressemblais à une mauvaise série américaine. Un inspecteur débarquerait de son meilleur paternalisme. Il m'appellerait "fiston", posant sa main sur mon épaule, et sortirait une phrase toute faite comme "toi, on peut dire que tu as eu de la chance..." et au chirurgien d'ajouter "l'inspecteur a raison, un millimètre plus haut et il tu ne serais plus là pour l'entendre".

Mais les dialogues en carton-pâte resteront au petit écran avec les stars de la police. Le staff médical ne ferait pas grand cas de moi. À la place, il avait fait son travail.


Une fois recousu et le pansement appliqué, une infirmière attentionnée m'expliquait, avec toute l'absence de charme digne des vrais hôpitaux, un tas de procédures papiers plus longues et plus fastidieuses que les consignes vite éludées pour que soient compatibles ma cicatrice et les douches.


La paperasserie me rebutait d'autant que je n'en saisissais tous les termes. Pour information essentielle je relevais que ma blessure était dés lors sans gravité. Mais devant ce flot déroutant d'administratif détaillé mon inquiétude se déplaçait tout logiquement vers la facture plus que probable qui menaçait mon maigre capital poursuite et dont la fond de réserve, déjà, tremblait de sa proximité.


Sous la charpente de mon corps fraîchement sauvé du métal, souffle une brise de panique. L'acre blancheur aux odeurs médicamenteuses, l'hospitalité aussi chère que partout dans London city, et une couverture sociale que je ne peux tirer à moi, et l'affolement qui persiste.


Quelques minutes plus tard, le froid d'une longue rue nocturne acclame, par des bourrasques incisives, mon heureux retour à la vie et l'évasion par la grande porte du London Chest Hospital.

Je presse le pas, de crainte que le personnel ne sonne l'alerte à la ronde. Je presse le pas pour oublier le baromètre et mon resquillage d'hôpital.


Voilà, je suis déjà de nouveau loin.




Il paraîtra que les soins là-bas sont gratuits, que ma peur n'aurait eu d'ennemis que des formulaires de papier. Je veux bien le croire...

Mais pour en avoir le coeur nette et la conscience, il aurait seulement fallu que j'ose m'y représenter au lieu de voler vers Genève.


 


 

 

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  • : L'homme Qui ne vit que de mots est une initiative humaine, une aventure libertaire et poétique, entreprise en août 2001 et sans interruption depuis. Le concept: Vivre et voyager sans un sou! Ni compte en banque, ni richesse autre que les mots pour seul moyen de subsistance. L'auteur, qui depuis plus de 7 ans déjà tourne autour du monde à stylo, au gré des seuls fruits de sa plume, veut partager ici la chronologie d'une histoire qui ne saurait vouloir finir.
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