Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /2009 17:33

 

 

Christiania, 14 décembre 2002

 


À l'écart du glissé des vitres aux précipitations suées,

les beaux extérieurs de trains filent.

L'estivage aime à faire l'oeil doux

et pulpes nombreuses aux iris.


Au delà d'un chemin de fer, maints morceaux d'histoire se disloquent.

Les pans d'une culture s'échappent.

C'est le prix fort du mouvement et les légèretés du voyage.


Une large péninsule penche

jusqu'à lécher une île. Encore.


Aux courants de la mer du Nord convoitée par la Baltique,

une grappe de terre trempée force les eaux à faire leur tour.

Entre deux rives.


Entre deux eaux.


Un entre-deux accoudée à une presqu'île.

Arrimée

à une botte suédoise.


Copenhague est

la grenouille pétrifiée sur le bord de son nénuphar.


Les cuisses de la France se rapprochent.

À vol d'oiseau c'est bientôt.

Mais en vue de ce lendemain l'appétit reste maigre...


L'ail dans l'âme, l'escargot en moi tient les rênes.

Il suggère de m'habiter là

sous une coquille familière

en fine peau de tente rouge.


Aux jardins de Christiania, les portes ne savent pas fermer.

C'est près d'un port et ouvert à

l'utopie vivante d'une libre ville et

comme un pied de nez au milieu de la capitale.


Des figures psychédéliques sourient sur les anciens murs militaires.


L'habitant construit sa maison.


Plus loin, il en est une en verre.


Et plus bas, la lumière rissole à la surface de l'eau.


Trois petits points jaunes sur fond rouge.

Trois points sur les "i" de son nom.

Trois sceaux qui marquent le drapeau, l'identité.

Et cetera est un Pays .


Christiania vient d'avoir trente et un an.

Elle a beaucoup d'enfants toute seule.

Mille âmes et un havre de paix, cycliquement bousculés

par des sirènes de police et des lois municipales

rêvant d'y planter des profits.



Hier manifestait.

Contre la guerre en Irak.

Des ailes de colombe ont tenté de pousser

dans le coeur d'une grande ville, comme ailleurs le même jour.

Mais le sol était inflexible sur tout le continent

et la graine n'a pas pris.


 

Vaste escroquerie que cette Europe.

Continence éprise des nations. Comme on fait son nid, on s'y couche.

Douze fausses étoiles en berne sur un fond bleu de cinéma.

Bracelet migrateur, et bague aux non-droits des oiseaux.


Qui voudrait que ses enfants chantent

sur le bout de leurs doigts les contes

d'une insipide croissance

heureuse de monnaie unique?


L'enfance du monde rate son éducation...

Parce que avant de dormir, à l'heure d'écouter les histoires,

trop peu ont entendu la vie de ce pays imaginé

qui ne cesse d'exister depuis.


Si Christiania n'est pas un fruit d'Andersen,

son charme a dépassé celui de la petite sirène,

morte de froid sculpté

sur un gros cailloux à touristes.

 


 

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