en Scandinavie - (35 à 36)

Jeudi 26 mars 2009

                                                                                     Bergen, 8 novembre 2002



Scandinavia

Scandinavie

encore un joli nom à faire rêver son monde

le soleil pâle d'après bruine ou une autre brume aguicheuse


dans son fjord et seule avec moi ma nouvelle hôte est une chanson silencieuse

une musique dont je ne sais le temps

mais sur ses airs imaginaires

aligné d'encre bleue

je baigne de plus bel mes devenirs au monde


car en le voyageant je vis

et en vivant je vais

mais juste là où ça le chante

et puis re deviens mes écrits


la seule force des mots est dans l'art de les vivre

l'art de voir venir et aller

voir ailleurs et re vivre

d'écrire en marche

en vers

et toujours loin décrire

les jours avec ou sans

d'une vie qui s'en re vient nous y voir


dans les pas l'un de l'autre

dans les pas de côté

les coteaux tracés d'un compas

ou les hauts plateaux incompris

de ma chaussure boulimique à ma maigre semelle,

du sol encore et puis du ciel

et les petits soirs dans les grands aux chevets des matins


et quand l'écrit vain voyageur

me poursuit encore un peu plus

au quotidien je suis le monde

je le suis s'inachever

de mes détours

si ombreux et si nombreux à me poursuivre en retour


juste là où ça le chante à l'hiver et à l'avant

deux fois novembre m'est redonné

l'attention du vieux continent agrippée par sa face nord


de bonne heure aujourd'hui alors

à l'escalier des longs demains

jusque là où ça les chante je m'en vais marcher sur l'Europe


Recommander - Ecrire un commentaire
- Voir les 3 commentaires
Lundi 30 mars 2009

 

De la Suède et de la Norvège, j'aime à retenir la lumière. Celle qui nous glisse entre les doigts des yeux, et englue ses vapeurs de songes loin derrière nos rétines profanes. C'est la peau des fuseaux lunaires avec leur pigment bleu pétrole, avec leurs limbes acryliques et leur voile gris métallisé. Peut être une aurore minérale, émaillée de brillantine et tombée d'elle même en voûte.


Pas besoin de lever les yeux, le ciel descend tout seul sur nous.

Vaste paroi en azur d'une cloche de fonte, il s'appesantit sur son sol. Et puis, il le suspend, à sa manière. Et puis, il le surprend, à la récurrence des soirs. Quand il a bien gavé de beau tous les paysages d'en bas, et que son bel éclat spectral écourte un peu plus chaque fois la vie de ses préliminaires, la caresse d'avant l'extinction.


En tout cas il en est ainsi durant mon séjour hivernal aux pays des conifères..


La belle étoile, pourtant, se veut rude à dormir car la température ici est plus hostile qu'en Islande. Mais la beauté en l'air n'en est pas responsable. Plutôt la faute à l'habitant des grandes villes, parce que un peu trop fermé.

N'aurais-je pas su sélectionner là-bas le thermostat chaleureux?


À Oslo ou en Suède, j'use autrement mes stylos, et dépense du papier. J'essaye avec des mots nouveaux d'assurer mes voyages plus longs. Mais ça ne prend pas.


Au pays d'Ibsen et Strindberg, l'excentricité est admise mais guère sous forme vagabonde. N'en déplaise à Peer Gynt et aux folies d'August, le clinquant d'apparat gagne plus en couronnes que l'habit troubadour.

Mes interventions publiques sont des lectures de gare. Elle plaisent au gros tigre de bronze. Mais beaucoup moins à la population absente. Ou mon anglais manque de nuances, ou il est trop accent tué.

À Stockhölm, le troque-mot et la vente directe marchent mieux qu'à Oslo. Si j'écris des proses roses bonbon, ou des phrases chocs hyper fashion...


Alors tant pis, je n'insisterais pas. Le temps de l'argent qui inquiète n'aura qu'à prendre son mal en patience. Quant au mien, s'il en est un, il est bien trop tôt pour m'en faire.

Ces pays sont hors de prix mais à ce jour, les courriers de charme cambodgiens, reconvertis en billets verts, gardent de bonnes longueurs d'avance sur la suite de mon trajet. Et la faillite de mes poches saura attendre plusieurs mois.


En ligne de mire toujours: l'autel de l'immatériel, hâté d'une vaste expansion poético-libertaire. La poursuite invétérée d'un même voeu de non richesse.


Et pour chasser tout compromis, je mets de l'encre dans mon vin, je vide mes vers sous mes pas. Et bois ma vie, pour mieux la vivre.


On me demande souvent: « Pourquoi est ce que je..? »


Varient les verbes, les compléments, mais sans réelle importance. Seul le sujet demeure.


Pourquoi ici? Et pourquoi là? Pourquoi comme ci? Pourquoi comme ça?

Ou pourquoi, juste pourquoi...


Mais que répondre, sinon le sourire d'un silence, à l'effraction d'une attention qui aussi souvent peine à identifier sa question?


Je vois des forêts, des villes. Ici juste un plancher de terre, et là-bas du basalte terne. Partout le même toit d'hiver souvent traversé d'une pluie.


Au temps, je ne demande rien. Pourquoi des gouttes de son ciel s'écoulent? Ou pourquoi tant de sapins poussent avec un flegme millénaire? Pourquoi la neige tombe dessus, en petits flocons, en gros qui fondent, ou en manteau de fourrure H₂0 ?

Les qualités des meilleurs interrogations n'ont d'égales que leurs points. Les observations me suffisent.

Et ce faisant, je me dis, par exemple, que jamais je n'ai vu une aurore boréale. Je m'émeus des deux yeux de cette injuste déception et puis, un autre constat me rhabille: La délicieuse satisfaction de n'avoir jamais réussi, malgré maintes tentatives, à refaire le monde.

Il est donc permis au langage de toujours tout recommencer.


Chaque jour nouveau m'aguerrit. Et mon qui-vive, incompatible à l'amour des instants vivants, disparaît. Serait-ce le paradoxe d'une formule trop facile? Possible... Mais que la science naturelle alors reformule meilleur art de vivre.


J'amorce peu à peu l'idée d'un retour vers la France. Un lent retour sur les talons.

Mais à peine le nom évoqué et ma sérénité prend froid.

Je revois sans regret le désert de mon héritage. Sanction et menace à la fois envers les valeurs d'un cerveau qu'on aurait voulu moins à gauche, plus familiales, moins têtues...

Sinon la colère et les larmes, qu'est ce qu'un père et une mère, à trop d'égards hors du monde mais tout bleu en leur sang, retiendront de leur fils s'il refuse leur camp?

Encore une fois, l'observation me suffit. Et comme je n'ai pas d'écharpe, je m'éprends de ma capuche. Que la foule soit dense ou pas, avoir un habit sur la tête réconforte la foulée quand l'évidence hexagonale sans la joie d'y retourner, m'encouragent à traîner du pied.



Scandinavie.

Scandinavia...


jusqu'aux portes de Christiania, immense zone auto-gérée en plein coeur de Copenhague, l'errance en pente douce m'enroule à son baluchon apatride.

En chemin, elle m'invite dans les chambres de quelques tendres amourettes, qui réchauffent et puis passent, comme des mirages de cocagne.

 

Recommander - Ecrire un commentaire
- Voir les 0 commentaires

Publicité

Syndication

  • Flux RSS des articles

Profil

  • : L'homme Qui
  • toursdemots
  • : Homme
  • : 15/04/1979
  • : Monde Fra
  • : On peut me suivre au jour le jour sur http://twitter.com/HQui Et de temps en temps sur myspace: http://www.myspace.com/mescomcom

Recommander l'homme Qui

Derniers Commentaires

Présentation

  • : L'homme Qui
  • toursdemots
  • : L'homme Qui ne vit que de mots est une initiative humaine, une aventure libertaire et poétique, entreprise en août 2001 et sans interruption depuis. Le concept: Vivre et voyager sans un sou! Ni compte en banque, ni richesse autre que les mots pour seul moyen de subsistance. L'auteur, qui depuis plus de 7 ans déjà tourne autour du monde à stylo, au gré des seuls fruits de sa plume, veut partager ici la chronologie d'une histoire qui ne saurait vouloir finir.
  • Retour à la page d'accueil
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus