Jeudi 11 juin 2009



Aux devants du premier lendemain, le pas s'exprime dans une douleur qui laisse l'aéroport de marbre. Aussi froid que ces écriteaux, bons à rien d'autre qu'à forbider, et qui ne me signalent même pas l'interdiction de me pencher.


Il est des règles comme celle-ci qui seules s'intègrent très vite, sans rien ni personne pour les dire.

Sur ma jambe gauche, ne pas laisser trop de poids! Par exemple.


C'est comme ça, c'est la vie, telle quelle pour quelques jours encore. Et la preuve qu'il n'y a pas mort d'homme.



Que cela ne tienne qu'à un fil et là,

sursauts sanguins de l'indicible, conduits au trot de l'invisible,


Voyez!


L'intense rayonnement du coeur, sans vorace écluse à repaître.


Et Terre à ciel alliée au divin de l'athée, en des franges ignorées du siècle...


... Qu'une liberté curieuse alors embrasse pour elle seule

le grand luxe des mains vides ; Qu'il advienne!


Et le subvenir suivra.

Le survenir survivra. Même après les replis de l'arc.


Mais après...

Suffira-t-on après?


En ces régulations où tue la litanie le songe, le vent, et l'avenir de la réalité nouvelle ;

en des galops qui n'en peuvent plus de vouloir vivre, perdus sous les crinières de l'aube où il n'est point de suspension

sinon dans les visions du naître.



London - Genova.


Autant suspendre un brin l'aimant, au bord d'un gros lac tout propret, et les maux de sutures qui rendent la bouche laide et font l'âme plus loin.


Au bout du vol je ne sais plus combien, est venue l'heure de convaller.


Si je ne veux pas m'arrêter là, en si bon chemin d'une itinérante poétique, ma frêle épargne, aux prises avec une banque-route printanière, a bien besoin elle aussi que je lui refasse une santé. Voilà pourquoi Génève.


Genève ne serait qu'une vieille belle sans âge, liftée dans ses moindres faubourgs ; une ville toujours épilée, jusque dans les campagnes, les cimes et les alpages du pays tout entier. Cette Suisse intacte que rien, pas même le miroir des années, ne saurait faire rougir.


Les eaux vives, le vaste rade à promener, les pierres du Nitron, les Allières.

Le Plainpalais et la plaine, les Minoteries ou Roseraie, le Bout-du-Monde, le Parc des acacias, la Queue-d'Arve. Et les Bastions, et les Rues-Basses...


Maints quartiers, maints dédales que j'avais vu mais sans savoir, tous évidés de leurs noms et tous sans mémoire.


Si je ne veux m'arrêter là... Là où mon arrivée boiteuse ne doit pas grand chose au hasard...

La main qui manie le stylo va devoir se lever tôt et appliquer nouveaux devoirs.

Ainsi parlait la voix de l'hôte. La voix du client roi-trouvé. Trouvé à bout de mes peines.


Comme si avril se vengeait de lointains débuts trop facilement servis, la poésie au jour-le-jour, draguant les francs du lendemain, semblait juste me provoquer ; Et avec elle, tout un cortège opaque d'opportunistes bien-pensants que toute légèreté agresserait.


"Et ben vas-y! Biographe toi!"

"T'as qu'à t'improviser l'homme-sandwich du verbe!"

"Crée donc une pancarte: Votre chronique du jour contre ma survie du soir..."

 

Les meilleures audaces savent mûrir arrosées par l'adversité ou sur les pentes fertiles d'un obstacle démesuré.


Cette fois, il faudrait compter deux mois.

À noircir des dizaines de pages, à lire de très mauvais épîtres, à apprendre des histoires suisses, patiemment et entre les lignes de vies trop proches de mes parents.

À accoucher d'une biographie sans intérêt, sinon justifier au vieil homme un temps qui n'a rien su passer, sinon les carras du cadran aux enfants bons qu'à fructifier...


Sinon financer l'avenir de mon prochain été, d'un autre hiver, et donner raison un peu plus - redonner la raison – à ce pourquoi je suis parti.


 

                                                    ___



Quelques nouvelles entrées au dictionnaire des mots qui manquent


Forbider v.int

Généraliser un interdit exceptionnel.


Convaller v.int.

Réagencer temporairement son existence pour se remettre d'une maladie, d'une blessure.


Célavien adj.

Relatif à une situation, une conséquence dont le constat suit une logique propre aux humains et qui souvent inspire l'expression "c'est la vie".


Aqualum n.m.

Reflet lumineux sur l'eau.

 

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Commentaires

Toujours si majestueusement écrit...
Le poème est là.
Je vis le poème et le voyage avec toi.
De même j'ai toujours pensé qu'il fallait "tuer" le langage, vivre comme un "pré-être",ne pas parvenir à nommer, évoluer, une dynamique tendue vers...Evoluer dans la préparation de l'être qui n'arrive jamais, et cette zone devient expérimentale : On peut y être, en direction de nous sans jamais être nous...
Comme dit Antonin Artaud: "Sans cesse j'avorte de moi"...
Commentaire n°1 posté par Mélancholia le 11/06/2009 à 16h13
toujours aussi prompte à me laisser ton ressenti... Merci Mélancholia! "tuer le langage", j'entends bien l'idée mais je ne crois pas que ma démarche aille dans ce sens, la notion de "pré-être" en revanche est particulièrement à propos. Quant à ma zone personnelle, elle combine celles d'Artaud et d'Andréï Tarkovski. Ici, celui qui use sa propre plume devient le Stalker de lui-même.
Réponse de L'homme Qui le 12/06/2009 à 13h32
celavien.... je note... c'est exactement le mot qui me manquait !!! merci !! ;0)
Commentaire n°2 posté par Jayce au pays natal le 01/10/2009 à 20h00

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