Vendredi 26 septembre 2008



Un week-end à la mer, des visites de temples.

Du transport, des hôtels.

Et un visa à renouveler encore.


Me revoilà ici.

À Phnom Penh et sans argent.


Le pécule de Koh Pha Ngan, la cagnotte spéciale coups durs, est érodée jusqu'à la lie. Et mon autonomie fragile est retombée au point mort.


La grosse villa de la rue 317 m'est ouverte à volonté.

Sophear y veille.

Mais moi, dans ce confort aseptisé vautré de luxe glauque et déshumanisé, je ne sais que m'y ennuyer.


Et puis, ce qui n'est pas non plus une nouveauté, le français me manque.


Pas mon pays, ni les français, ça non.

Ce qu'ici je vois des expats parvient à seulement m'inspirer un méchant dégoût tricolore.

Mais le langage... Heureusement y échappe.


Huit mois que je n'ai pas lu un bouquin!


A l'occasion, je feuillette le Cambodge Soir, journal oublié çà et là sous quelques tables de bars.

A la villa, entre deux défonces des frères toxs, je m'adonne à TV5.


Mais bon, ce n'est guère mieux que deux pistaches à l'intention d'un crève la dalle...


Les rêves linguistiques sont fréquents.

Sophear y converse dans la langue de Molière, et moi je m'illustre en khmer.


Perdre la langue, c'est un vide très singulier qui avale l'identité.

Un trou noir qui nous démantèle et qui progresse, à force de petits riens.

Là, il me faut juste l'endiguer.


Alors j'écris.


Des poèmes et des poèmes, à ne plus savoir qu'en faire.

Je les organise en recueil que je donne à Sophear.

Puis j'en entame un autre. Probablement, pour le confier à Keng.

Pour le geste.


Sophear n'affectionne pas la poésie.

Pourtant elle aime l'objet.

C'est l'idée de savoir que, pour elle, je puisse écouler tant de phrases.

Tout un chapitre est à son nom. Mais le contenu ne lui parle.

C'est normal.





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Vendredi 26 septembre 2008


Depuis plusieurs jours, mes yeux jouent à s'échapper.

Ils jonglent, sur une carte du monde, à recenser scrupuleusement les destinations francophones.

Et, entre deux méridiens, j'échafaude des sommaires, des tables de matière grise. Des pistes que je titre, à défaut d'explorer plus loin, sur mes capacités écrites à ravoir de l'argent en main.


Mais les facilités rencontrées sur les îles m'ont rendu quelque peu flémard...


Ici, sur les proportions du tourisme face au voisin thaïlandais, il n'y a pas d'équivalence et les schémas du passé ne sont donc pas transposables.

Mais à considérer des plans démerde, plus ou moins de très longue haleine, je me décourage illico.


Quelle autre alternative?

Une formule rapide..?


Je cherche. J'insiste.

Mais ça ne vient pas.


Alors songeur, improductif, j'en suis donc là quand bruyamment déboule Sophear, pimpante et survitaminée.


Elle tient une pochette à la main. Et l'agite victorieusement comme s'il s'agissait d'un trophée.


« C'est génial, c'est génial! »


Des pages et des pages manuscrites, joliment parsemées de khmer.


« C'est la traduction de ton livre!  C'est super bien écrit! J'ai jamais rien lu d'aussi romantique!

J'ai eu une idée pour toi. T'as besoin d'argent, alors je sais :

Tu vas écrire des lettres pour les putes!»


« Quoi?»


« Oui, y en a des tonnes à Phnom Penh. »


« Ça je sais mais je vois pas le rapport. »


« Et ben si... Elles sont toutes là à chercher le pigeon du siècle.

Le mec dingue d'amour, et plein aux as, qui ne les oublie pas après. Celui qui est prêt à les entretenir de loin, pour peu qu'il arrive juste à croire que la fille est différente, qu'elle a des sentiments sincères, qu'elle l'aime et tout le bordel...

Ça arrive tu sais! A Phnom Penh, il y a plus de faux mariages que de vrais!

Le mec paye pour la famille pauvre, rallonge pour l'enfant imprévu, celui qu'elle a eu y a longtemps et qui vit chez ses parents, celui qu'elle vient d'avoir, même si elle n'en a pas,.. »


« Attends... Tu voudrais que j'écrive des lettres d'amour à leurs gars? »


« Bah ouais, vu ce que j'ai lu, je suis sûre que ça marcherait. »


C'est très touchant... Je ne sais pas comment le prendre.

Alors j'y mets du pragmatisme, par-dessus mon amour-propre.


« Ce serait pas une idée du traducteur pour gagner quelques heures sups? »


« Pas besoin de traduire... T'écris en français pour des français. C'est tout.

C'est pas ça qui manque ici, les super pigeons barangs! »


Le mot barang en khmer, comme farhang en thaï, désigne les étrangers blancs.

Dans l'affaire qui nous intéresse, juste derrière les candidats américains, les français sont les meilleures proies.


« Dis- moi, elle a l'air de beaucoup te plaire cette idée-là. »


« Bien sûr! Et pis des putes j'en connais plein. Vichea et Chica encore plus... »


« Oulala! Je le vois venir gros comme la maison ton plan malsain...

Alors, pour tes copines, je veux bien essayer, une lettre ou deux. Ça changera des chansons...

Mais je refuse de mêler les deux frangins là-dedans, pas moyen.

Tu voudrais pas aussi qu'on en parle à leur père... Je suis sûr qu'il serait à fond. »


« Ok. C'est moi qui te prendrait en charge.

Mais ce ne sont pas mes copines! Je les connais, c'est tout. »


« Je veux bien voir ce que ça vaut... Mais je préviens d'avance qu'il est hors de question de monter une agence matrimoniale pour putes. Une ou deux lettres, et basta!»



Je ne sais trop quels comptes Sophear réglait dans cette histoire...

Mais ce petit jeu l'exaltait.


Rien n'avait traîné.

À la suite de mon feu vert, son téléphone n'avait plus quitté son oreille.

Et le soir même, les rendez-vous pleuvaient.

Chaque fille au compte goutte.

Sophear payait son verre et se chargeait d'expliquer tout.

Chaque fois elle se répétait.

Mais ça ne la dérangeait pas.

On aurait dit une militante convaincue. Et convaincante avec ça.

J'étais bluffé par l'attention qu'elle récoltait.


D'entrée, elle montrait la traduction du recueil.

Et, à la fin de l'entrevue, elle se tournait vers moi, pour négocier mon salaire.


Aucune idée de combien demander. Il n'y avait rien à négocier.

Mais elle savait.

Et si elle me considérait, ce n'était que pour inspirer davantage de sérieux.


10$ par lettre.

(au Cambodge le dollar est roi)

Et une prime à chaque virement redivisible entre elle et moi.


Sophear notait déjà les premières commandes de missives.


Ces filles ne sortaient pas des bas-fonds de bordels atroces comme ça grouille dans le pays.

Bien plus chanceuses, plus arrivistes, plus ambitieuses, et avant tout plus libres.

Elles prétendaient à un rôle modeste, dans la catégorie de-luxe.


Sauf vis-à-vis de leurs poignées d'amants-clients, elles existaient incognitos.


Ces lettres, ce n'étaient pas qu'une histoire de mots. Mais toute une stratégie, un contexte à prendre en compte, de la psychologie.

Aussi, je laissais à Sophear le soin de se faire des films sur la bonne finalité.


10$ le courrier, moi ça m'allait.

Et, aux vues de nos nombreux contacts, j'aurais sans doute, d'ici deux mois, quelques 300$ en poches.

Dans un pays où le salaire moyen frise les 20$ par mois, il n'y aurait pas de quoi flamber, mais bien assez pour voir venir.



Mon peu d'estime à l'égard de leurs bons amants, des touristes sexuels, et d'une réalité d'ampleur si généralement abjecte, me dispensait de toute intervention éthique. Sinon de celle qui interviendrait, justement, dans l'initiative en elle-même.



Mine de rien, me voilà embarqué.

Mine de rien, je m'en rends compte.

Alors, je prépare mon stylo. Pour qu'il fasse gentiment mine d'être dans leurs mains à elles.


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Mercredi 1 octobre 2008



C'est avril 2002. C'est mai.

Juin déjà, juillet, août et septembre...


Rédacteur en chef d'un épistolaire clandestin pour des prostituées khmères, et puis thaïlandaises.


D'un simple test, juste « pour voir », cela avait duré six mois.

Comme un tour de cartes au poker qui entraîne bien d'autres tours.

Et comme quoi, la poésie ça mène à tout...


Était-ce là bien différent de la com ou des flyers pour un ou deux managers de services touristiques?


...Oui.

Enfin, sur la forme tout au moins.


Sophear avait lancé l'affaire, et s'y était investie comme une forcenée.

Au troisième mois, Keng nous avait rejoint.


Tout au long de cette période, beaucoup de choses se sont passées.

Mais la plupart se ressemblaient.

Et dans le fond, sinon des chiffres, rien de réellement palpitant.



Pas loin de 700 lettres, à l'attention de 180 clients de prostituées.

Pour un peu plus de la moitié d'entre eux, ces missives à la mer atteignaient leurs objectifs.


Je découvrais MSN, les petits conflits et les gros micmacs de l'argent, la misère sexuelle de ceux à qui j'écrivais, la misère psychologique de celles qui me mandataient. Et la Western Union.


J'effectuais plusieurs aller-retours Phnom Penh / Bangkok à bord des coucous chaotiques de la President Airline. Une compagnie locale qu'à personne je ne recommande!


Les perspectives concrètes de l'indépendance financière promise à terme m'étaient acquises dés le premier mois.

Quant à la suite, elle les confirmait davantage.


Sophear gérait presque tout, et Keng avait mis en marche la même formule sur Bangkok.

On recevait alors plus de demandes que mon stylo ne pouvait en traiter, et mes rapports avec Sophear en devenaient d'autant exécrables.



La mousson battait son plein, lavant à grandes eaux les villes et tous mes derniers mois.


Si égal à lui-même, l'argent avait joué son rôle.

Des tensions entre nous, des crêpes-chignons avec les filles.

Et entre moi et Sophear, le plus parfait des tue-l'amour.



Au commencement du voyage, j'avais royalement balayé le moindre rêve de carrière et toute ambition de fortune.

Mais au sixième mois de ce grand trafic de lettres, j'avais plus qu'il ne m'en fallait. 12000$ de mots.


C'est bien assez mis de côté.



Sur la fin d'une histoire, je me suis fait une raison.

C'était d'ailleurs écrit d'avance. À la virgule prêt, ou presque...


Le seul dilemme rémanent concernait à présent la vaste matrice du monde.

Et quel morceau parcourir?


Au moment de la question, il y en a un qui m'attire, plus que tout autre.

Un qui m'appelle par mon nom, depuis ma prime adolescence.


Aller là-bas, ce serait comme mettre le pied sur la lune d'un nouveau continent.

Une île et un pays à la fois.

L'Islande!

La voix de Bjork, et les images de Gondry.

Les volcans, les glaciers, l'idée d'une nature extrême.

Les charmes d'une terre primale.



Là, le coût n'est plus un obstacle. Alors, c'est décidé.


Je n'ai pas dit mon dernier mot au Cambodge, simplement j'y tourne une page.


Et Reykjavik, ce sera ma prochaine escale.

 

 


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Lundi 2 mars 2009


La route numéro 1. Un ruban de goudron collé sur un contour plat du pays. À mon rythme je l'empruntais, dans le sens des aiguilles d'une montre.

À 8h00, il y a Reykjavic, capitale septentrionale de mes premiers jours islandais.


Je suis là, heureux trotteur d'un globe-horloge, sur cette grosse île arrondie par une route périphérique.


L'été s'achève. Sans insister.

Et avec lui, à mesure qu'une saison passe, se dissipent un à un les charmes du doux calendrier sans nuit.


Quelque part ça naît.

Ailleurs ça meurt.

La vie partout. Partout la vie.


Jamais je n'ai su nuit si courte, si grande, si soluble.


Cette curiosité s'apprécie davantage encore lorsque l'on sait l'autre moment, interdit de lumière solaire. Le rendez-vous chronique du temps soumis avec 1°c symbolique. Quand le baromètre s'adonne à cingler très fort l'épiderme.


Or, par ce qui ici n'est rien d'autre qu'un retour classique d'ascenseur, les éphémères de la suprématie du jour s'en vont toujours, imperturbables, pour muter en leur contraire.


Auparavant, l'idée du froid m'avait amplement échappé. Comme en attestait à présent ce changement radical du climat aux devants de mon arrivée.

Et puis, évidence immuable, ce mal d'hiver imprévu s'était posé sur moi, et il venait de s'imposer pour mieux peser sur ma nouvelle itinerrance.


Le froid, j'apprendrais à l'aimer en marche, comme cette habitude incroyable des tourments météorologiques.

Au sein d'une même heure parfois, la neige, le soleil, et le vent, et la pluie...

Je vérifiais ce proverbe local: « Si tu n'aimes pas le temps qu'il fait, attends 5 minutes! »


Et chaque fois que l'intempérance du ciel ne m'y empêchait pas, j'écrivais.


J'écrivais et j'écrivais.

Juste pour moi.

Premier grand luxe littéraire que s'accordait mon très long congé sabbatique.

Plus tard, j'apprendrais sans surprise, qu'en conséquence, entre autre, de ces longs hivers sans lumière, l'Islande détient dans son coin la plus forte densité d'écrivains au monde.



Aujourd'hui je suis là, dans un de mes innombrables entre-deux.

Un antre-lieux.

Tout au bout de ma droite, c'est le début d'un jour.

Là-bas très loin vers la gauche, c'est l'amorce d'une nuit.


Je sais qu'un de ces lendemains, le sens du mouvement qu'a choisi de suivre mon corps exposera les hospices d'une nouvelle cartographie. Au fond peut-être ne le sais-je que par refus de me le dire, et sans que n'en soit contrariée l'inexorable répartie du temps.


Si le temps avait le langage, il aurait le dernier mot, le premier et le dernier Moi...

Au lieu de quoi c'est nous. Nous qui n'avons pas sa durée. Nous qui l'endurons lui, et ces cycles et leurs restes.

Nous qui n'avons le temps...


Alors Je parlais et Je parle.


Je parle avec le temps. Avec le déplacement des choses.

Avec la perte d'un repère, l'inconnu enfin retrouvé, les signes d'une trajectoire...


Aussi je parle à la parole, à l'écrit.

Je parle sans corde vocale, sans langage, aux espaces d'entre les mots... Et aux silences courts d'instants-regards qui les remplacent.


J'entretiens des dialogues avec tout ce qui me touche.

Ô tant et tant de choses aphones!

Et le monde et sa connaissance. Sans langage pour me les dire.

Mais ça et là ils se ramassent.

Voyez! Je tends la main pour les entendre.


Pourvu seulement qu'à nouveau ils me traversent, et j'en redeviens l'interprète.

J'accouche alors les messages : Maïeutique animiste d'un nuage extensible, de couleurs en chute libre, un sein de femme océanique. Là, une nasse en osier, un phare cyclope tournant de l'oeil seul au bout d'une plage noire, un pays et ses secondes, un pays, et ses forces giratoires...



Celui qui croit ne pas savoir a bien raison d'avoir tort.

Celui qui refuse d'avoir tort se réinvente le savoir.


Par compromis, je formule des questions.

Répands de même les solutions des équations.


Rien ne se perd.

Rien ne se crée.

Tout me transforme quand je me tais.



Traînent les lunes, tombe la neige.

Tout autour de l'Islande, je parle au silence de plus bel.


 

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Jeudi 5 mars 2009



Marié à la numéro 1, un inlassable autocar fait sans cesse le tour du pays.

Il se prend à répétition. Il s'arrête à volonté.

Si ça me chante, je peux faire halte à chaque borne, et le jour suivant le reprendre. Au même endroit. Ou bien plus loin.


Je ne suis pas pressé, ni attendu à quelque bout du cercle. Alors je prends mon temps et il me le rend bien.

Et chaque fois que changent les paysages, c'est à dire à peu près tout le temps, je descends avec mes affaires.


Une seule règle est de mise pour que le ticket soit valide: Rester dans le même sens! Ne pas revenir en arrière, mais toujours aller de l'avant.

Voilà!

Ce n'est pas formulé exactement en ces termes mais ça sonne mieux ainsi.


Lors de l'achat à Reykjavik donc, je n'ai eu à choisir que la direction du départ.


« Je voudrais ce lac d'icebergs gris, bleus et blancs, s'il vous plait. »


Sans guide ni carte à ce moment, c'est la première image venue qui fît office de déclic sur mon appareil décisionnel.

Une large photographie sur le mur d'une agence.


De toutes façons, par la gauche ou par la droite d'un même cercle, il y avait fort à parier que j'en reviendrais au même.


Alors ça y est, c'est parti!

Roulez jeunesse! Et en avant vers le sud!

La capitale, je la visiterai plus tard.



Quand on est collé à la vitre, chacun de nos trajets ressemble au vieux film d'un rêve. Les paysages semblent irréels, comme des fonds marins asséchés, kidnappés par des sols lunaires.

Mais ici comme ailleurs, pour transposer au présent son vieux rêve qui défile, vivre pleinement l'irréel, et en somme traverser l'écran, il faut savoir bien s'éloigner de son moyen de transport.


Non, les pauses pipi ne suffisent pas!


La route numéro 1, malgré son nom de star, est assez peu empruntée.

Un car par jour dans les deux sens. Quelques 4x4.

Par-ci par-là une Volvo. Une petite poignée de camions.

Et ah... Tiens! Là, deux aventuriers à vélos.


Mais la nuit, rien.


Chaque islandais possède pourtant sa voiture. Mais il y a très peu de villes, et sur l'ensemble du pays, à l'exception d'une dizaine d'agglomérations, on croise souvent plus de moutons que d'habitants.


Aussi, avant les nuits de belle étoile, où des imprévus climatiques sont toujours à envisager - pour ne pas dire « prévisibles » - il faut bien choisir son endroit, ne manquer d'aucune provision. Bien garder aussi à l'esprit que le décor a ses secrets, et son lot de surprises, pour rendre soudainement toutes ses beautés dangereuses, alors qu'aucune aide extérieure ne saurait être possible.


Souvent, pour mieux m'en rendre compte, je laissais le car quelques jours.

Et m'en allait frotter du pied, tâter du stop, compter les lichens et les astres, en suivant le tracé fragile de quelques pistes intérieures.


De ces escapades il ressort, une certaine récurrence météoro-géologique qui pourrait faire lieu d'aphorisme :


Accrochée au cercle polaire arctique par la petite île de Grimsei, perdue entre Groenland et Norvège, là où aucun arbre ne pousse, et où la terre elle-même à grande peine à exister, l'Islande - de son vrai nom, « la terre de glace » – est un territoire insulaire où chaque réunion de gouttes de pluie en flaques est une orgie sans lendemain. Balayées rapidement par d'autres intempéries, ou quelques fontes de glaciers, elles forment, dés le tout premier lit défait, des rivières nouvelles qui bientôt deviendront torrents.


Une fois passée, avec un succès relatif, mon accommodation au froid, la mission la plus fréquente, non sans lien avec la première, résidait dans les passages de gués.

Là, c'est une eau glaciale qui galope avec un débit très puissant. Généralement, peut être par pudeur, l'eau reste en dessous des genoux.

Mais dans les pires scénarios, elle grimpe jusqu'à la taille!


Et c'est alors que ce qui ne doit pas arriver, arrive...


Pendant que des vaguelettes festives chatouillent mon caleçon et que ma chair de poule hardie rivalise de courage avec mes dents qui claquent, mes pieds gelés font de leur mieux pour s'accorder avec la poigne de mes mains agrippées à leur sac à dos.

Mon corps, tel un miracle de la nature, tient tête à la saga du froid!

Mais mon équilibre un peu moins, face aux élancées du courant. Et au premier méchant cailloux sur lequel ripe mon talon, je fais un plouf lamentable de toute la moitié de mon long.


Ma tente a été épargnée. Mes carnets sont trempés.

Après le recensement des quelques habits secs dont mon corps devient le gardien, j'écris pour me réchauffer. Et comme je n'ai plus de papier, je m'esseye alors au Land Art à l'aide de pierres rassemblées.

Une fois venu à bout de cet alphabet islandais, je ne sens plus mes mains, je ne sens plus mes pieds, je ne sens plus mon corps.


Jusqu'à un autre de mes jours, je crois que le froid est passé.

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Jeudi 12 mars 2009



On dirait les nom et prénom d'un amour de jeunesse magique. Ou bien l'affection d'une femme, le jour où son enfant prend froid.

En vérité, c'est une tendresse naturelle à l'échelle d'un village.

Dans la foulée d'un danger écarté, suivront les remontrances d'une voix bien intentionnée. De celle que l'on sent heureuse, enfin, de pouvoir se rassurer en nous disant qu'une prochaine fois il faudra faire plus attention. Machinalement, on acquiescera, comme si de rien n'était plus.


Je suis au lit. Il est à moi.

Héros d'une fin de saga qui après s'être tant donné ne sait plus s'il a vaincu.

De la vie me semble ailleurs. Et si proche, que les bras de ma torpeur ne la saisisse que floue.

Je suis malade. La meilleur couverture du monde m'accable de son réconfort.


J'ai attrapé sans doute une glaciopathie carabinée, une fièvre iceberg, une grippe esquimaude, peut être les trois d'un coup...

Ou alors l'un de ces fléaux endémiques au grand nord qui stalactite la volonté, morfond toutes les perspectives et fait pleurer du nez.


« Tu as moins de force qu'une chaussette.

Ton cerveau est le roi des gauches et ses émissaires ne sont rien.

Rien que deux manchots albinos.

Ô mon ami, tu es pâle!

Pâle comme un glaçon tout chaud.

Pâle comme un garçon sans joie.

Et ta belle du voyage, ta gitane de poésie.

Elle est fondue, au fond du gouffre... »


Ainsi parlaient les elfes tout autour de mon lit.


Loin penchées sur mon sort, deux walkyries concentrées cherchent des poux à de vieux grelots sourds.


Assez me dis-je!


Opère alors une révolte cérébrale. Branle-bas de combat chez mes neurones et mes sens. Mais rien n'y fait.

Je ne comprends toujours pas.


Eux pourtant, ne semblent pas comprendre que je ne comprenne pas.


Et moi, comme une information perdue derrière mes yeux entrebâillés, depuis l'autre pays lointain de la pièce où nous nous trouvons, je n'ai pas la moindre conscience que ces personnes autour sont vraies.


Avant ou après, ça a beaucoup tergiversé.

Rhinopharyngite? Simulidose?

Vraisemblablement l'une sur l'autre.


En islandais, les gens ne parlent pas. Mais ils chantent, ou alors ça y ressemble.

C'est envoûtant de les entendre. Comme le bruit de l'eau qui court dans une rivière où l'on tombe, en plein coeur d'une région seule et que le folklore dit hantée.

Ici aussi, dans cette vielle ferme de Vík, le charme de leur chant agit. Même s'il naît de mes symptômes, de leurs noms, et du mélange des champs lexicaux de mon mal.


Je me sens tout con maintenant. Comme un macareux juste né.

Et eux, ce sont mes ornithologues.


La simulidose n'est pas du tout cette maladie réservée au randonneur qui simule mais une infection très locale que l'on doit à un moucheron minuscule, le simulie. Mais ce n'est pas la saison, alors allez savoir pourquoi...

J'ai du me faire piquer par le tout dernier spécimen vivant de l'édition 2002. Et le bougre était tellement seul que je n'ai pas vu son nuage.

L'autre spécialité du coin, c'est la rhinopharyngite. L’énergie géothermique qui fournie gratuitement du chauffage à toute l'île est tellement efficace que les passages du chaud au froid sont des calvaires pour le pharynx.


J'ai vraiment bien fait de me poser ici, aux premiers signes étranges de mon dérèglement métabolique.

C'est la station la plus pluvieuse du pays et je ne le vois même pas. Je reste alité une semaine avec souvent des gens autour, debout. Des gens qui me parlent, ou alors qui parlent de moi en me montrant du doigt avec l'ongle de leur menton.



Par là, il y a peu d'âmes qui vivent. Mais tous ceux qui viennent me voir ont entendu parlé d'un vaste alphabet de pierres, 100km plus loin, près de la petite ville d'Hella.

Ceux qui m'en parle ne l'ont pas vu. Il savent seulement que par là-bas ça prête à de vives polémiques.

Certains y voit un hommage à leur île, la fierté d'une langue ancienne qui n'a rien perdu dans les siècles, et l'identité d'un pays au plus proche de la nature, plus originelle que jamais, et plus fragile que toujours.

Pour d'autres avis, au contraire, c'est un scandale écologique. Déplacer autant la nature peut menacer l'écosystème. C'est le geste inconscient d'un touriste qui, si on laisse faire sans rien dire, risque de se voir imité.

L'église s'en est mêlé. Et toutes les superstitions d'ajouter au débat publique.

Tout le Landmannalaugar est un région "hantée". Et en particulier les alentours d'Hella. Au pied du glacier Mýrdal, le petit village de Vík connaît aussi son lot d'histoires de fantômes.

Rationnel écolo, superstition, religiosité, croyances diverses, un brin de conservatisme, et quelques esprits artistiques qui osent même parler d'oeuvre d'art... Entre tout ça, le coeur de l'opinion populaire islandaise balance. Et le mien joue du triangle.

Mais pas longtemps, puisqu'au moment où on m'en parle quelques impatients d'Hella ont déjà rangé mes cailloux.

Depuis mon oreiller malade, je ne sais pas quoi en penser.
Je ne suis pas encore ému. Pas encore amusé non plus.

La seule image qui me vient, comme un cheveux sur la soupe, c'est une assiette de pâtes alphabet. Sans doute parce que enfant, j'aimais moins les manger que d'en mettre plein sur la table.


« Mais quand la table c'est ton pays..!
Ô mon ami, vient donc prendre ton repas.
Ta belle du voyage, ta gitane de poésie...

Elle a fondue sur notre automne.
Elle a fondue dans ton assiette.
Mais de loin elle répand son souffle. »



J'aurais voulu garder juste une lettre.

                                ð

Avec sa petite croix en haut, clin d'oeil mutuel de l'homme et de la femme.

                   ♀ ♂

 

 

Après les vers matinaux sur le sable de Koh Chang, et maintenant cet alphabet Islandais. Malade ou pas, une nouvelle passion confirmait le bout de son nez:

Le Land Art typographique et ses lendemains éphémères.


Pendant quelques jours prochains, en compagnie de somptueux ciels boréaux, ma convalescence se bornera à des écritures solitaires de poèmes à mon carnets.


Mais après, un jour et puis encore d'autres, cette manie d'écrire, sans encre mais sur le monde, deviendrait mon jeu préféré. Mon jeu de mots le plus chronique.

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Vendredi 20 mars 2009



Chaque jour suffit sa plaine. Ainsi l'été touche à ma fin et il est l'heure de repartir. L'heure de répartir l'horizon dans quelques plis de mes bagages et d'aller froisser mon blue jean sous les nuées d'autres pays.



Une petite tente igloo, rouge et deuxième main, avec laquelle j'imite malgré moi l'aventurier mal équipé entre Selfoss et Hella, entre Höfn et Dettifoss, Húsavík et Akureyri, Egilsstaðir et Seyðisfjörður.

Avant de m'échouer à Vík, j'ai joué le bourgeon ambulant, le champignon, déambulé et intrépide au hasard des branches ramifiées de la route numéro 1.

Puis un passage de gué et un alphabet plus loin m'ont immobilisé, pour mon bien, dans une ferme et un village aux abords d'une plage toute noire.

Je restais là, sans « broncher », jusqu'à retrouver ma santé et le fil dénoué de ma voie.


D'abord à l'écrit, dans mon lit. Puis à l'écrit, sur la plage. Puis à l'écrit, sous la pluie...

C'était pourtant à prévoir. Un tel calendrier de précipitations c'est le point d'eau commun entre Vík et Seattle.


À ces heures basses où rien ne bouge, sauf un soleil feignant de s'aliter avant de revenir sur ses pas cependant qu'il se fait bordé. Ici, les ciels boréaux sont de puissantes peintures à l'huile. De l'outremer tâché d'incandescence. Mais n'en déplaise aux beautés oculaires, plus d'un soleil couchant sur deux tombent à l'eau avec sa peinture. Juste pour arroser son île et les autres charmes en pousses.


Toujours pas vu les icebergs gris, et blancs, et bleus. Ce bassin et son estuaire, où s'offre à voir l'impressionnant vêlage du Vatnajökull.

Jökulsárlón m'attend toujours sur la route. D'un bond je me décide. J'y vais. Béni à nouveau par mes hôtes.

Et juste avant départ, j'enfouis dans mon auguste chambre quelques vers expérimentaux écrits juste à l'oreille, ou soufflés par les elfes, dans cette langue qui m'échappe merveilleusement.


Après cette heureuse immersion dans la culture islandaise, mon aplomb reprend du service et mon sac se reremplit de thon en boites et de sachets de céréales.

Les paysages suivant s'échangent, sans aucun pourparlers. À croire que Vík est la frontière entre le fragile du vert tendre et le lunaire sombre incolore qui s'étend jusqu'à Höfn.


Longer la côte, les contours de glaciers, les flancs de volcans.

Jusqu'au singulier coup de foudre, une heure durant, pour le plus formidable bac à glaçon du monde. Tous les jours, le glacier Vatnajökull accouche dans Jökulsárlón.


Il est l'heure de repartir. Alors je rebourgeonne un temps jusqu'aux chutes de Dettifoss, pour éprouver au plus près les forces de la nature. Jusqu'à Húsavík et Akureyri, pour la sonorité des noms. Depuis le col du cratère de Krafla, je note que certains visiteurs ont laissé tout au fond divers petits messages de paix, écrits avec les seuls moyens du bord, des pierres...


Je n'achève pas le tour de lîle, tant pis pour Reykjavík et mon pass circulaire.

À la place, je lève mon pouce en marche arrière.


Il est l'heure de repartir.


Sur le port de Seyðisfjörður, un gros bateau m'embarque. L'ancre est levée.


Adieu à la maison de tourbe et aux silences géologiques des orgues basaltiques. Le chant des vagues trace la courbe qui me montre du doigt l'Europe. Et pour mieux lire dans l'océan, je jette des vers à la mer.


Après l'Islande, voici les îles Féroé.


Entre les deux, le grand large, les salles d'un ferry sans vie et au dehors, miracle : Une grosse poignée d'épaulards!

J'apprends d'un militant écologiste que cette année les Féringiens n'ont pas organisé de « Grind », l'abattage rituel sur leurs plages de centaines de globicéphales qui nourrissent ces îles en toutes saisons.

Sans connaître la tradition, je me réjouis de ne pas pouvoir assister au traumatisme visuel d'un littoral ensanglanté assorti à ma tente igloo.

Je suis heureux alors de demeurer pour quelques jours la seule petite goutte rouge sur ce gros rocher vert.


Des nuits et des tangages plus loin, je débarque à Bergen.

Et pour ma première entrevue avec la culture norvégienne, je cours manger comme douze quelques spécialités mongols, dans un restaurant de la ville qui sert à volonté.


Adieu les boites de thon et les céréales en sachets, pensais-je...



 

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Jeudi 26 mars 2009

                                                                                     Bergen, 8 novembre 2002



Scandinavia

Scandinavie

encore un joli nom à faire rêver son monde

le soleil pâle d'après bruine ou une autre brume aguicheuse


dans son fjord et seule avec moi ma nouvelle hôte est une chanson silencieuse

une musique dont je ne sais le temps

mais sur ses airs imaginaires

aligné d'encre bleue

je baigne de plus bel mes devenirs au monde


car en le voyageant je vis

et en vivant je vais

mais juste là où ça le chante

et puis re deviens mes écrits


la seule force des mots est dans l'art de les vivre

l'art de voir venir et aller

voir ailleurs et re vivre

d'écrire en marche

en vers

et toujours loin décrire

les jours avec ou sans

d'une vie qui s'en re vient nous y voir


dans les pas l'un de l'autre

dans les pas de côté

les coteaux tracés d'un compas

ou les hauts plateaux incompris

de ma chaussure boulimique à ma maigre semelle,

du sol encore et puis du ciel

et les petits soirs dans les grands aux chevets des matins


et quand l'écrit vain voyageur

me poursuit encore un peu plus

au quotidien je suis le monde

je le suis s'inachever

de mes détours

si ombreux et si nombreux à me poursuivre en retour


juste là où ça le chante à l'hiver et à l'avant

deux fois novembre m'est redonné

l'attention du vieux continent agrippée par sa face nord


de bonne heure aujourd'hui alors

à l'escalier des longs demains

jusque là où ça les chante je m'en vais marcher sur l'Europe


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Lundi 30 mars 2009

 

De la Suède et de la Norvège, j'aime à retenir la lumière. Celle qui nous glisse entre les doigts des yeux, et englue ses vapeurs de songes loin derrière nos rétines profanes. C'est la peau des fuseaux lunaires avec leur pigment bleu pétrole, avec leurs limbes acryliques et leur voile gris métallisé. Peut être une aurore minérale, émaillée de brillantine et tombée d'elle même en voûte.


Pas besoin de lever les yeux, le ciel descend tout seul sur nous.

Vaste paroi en azur d'une cloche de fonte, il s'appesantit sur son sol. Et puis, il le suspend, à sa manière. Et puis, il le surprend, à la récurrence des soirs. Quand il a bien gavé de beau tous les paysages d'en bas, et que son bel éclat spectral écourte un peu plus chaque fois la vie de ses préliminaires, la caresse d'avant l'extinction.


En tout cas il en est ainsi durant mon séjour hivernal aux pays des conifères..


La belle étoile, pourtant, se veut rude à dormir car la température ici est plus hostile qu'en Islande. Mais la beauté en l'air n'en est pas responsable. Plutôt la faute à l'habitant des grandes villes, parce que un peu trop fermé.

N'aurais-je pas su sélectionner là-bas le thermostat chaleureux?


À Oslo ou en Suède, j'use autrement mes stylos, et dépense du papier. J'essaye avec des mots nouveaux d'assurer mes voyages plus longs. Mais ça ne prend pas.


Au pays d'Ibsen et Strindberg, l'excentricité est admise mais guère sous forme vagabonde. N'en déplaise à Peer Gynt et aux folies d'August, le clinquant d'apparat gagne plus en couronnes que l'habit troubadour.

Mes interventions publiques sont des lectures de gare. Elle plaisent au gros tigre de bronze. Mais beaucoup moins à la population absente. Ou mon anglais manque de nuances, ou il est trop accent tué.

À Stockhölm, le troque-mot et la vente directe marchent mieux qu'à Oslo. Si j'écris des proses roses bonbon, ou des phrases chocs hyper fashion...


Alors tant pis, je n'insisterais pas. Le temps de l'argent qui inquiète n'aura qu'à prendre son mal en patience. Quant au mien, s'il en est un, il est bien trop tôt pour m'en faire.

Ces pays sont hors de prix mais à ce jour, les courriers de charme cambodgiens, reconvertis en billets verts, gardent de bonnes longueurs d'avance sur la suite de mon trajet. Et la faillite de mes poches saura attendre plusieurs mois.


En ligne de mire toujours: l'autel de l'immatériel, hâté d'une vaste expansion poético-libertaire. La poursuite invétérée d'un même voeu de non richesse.


Et pour chasser tout compromis, je mets de l'encre dans mon vin, je vide mes vers sous mes pas. Et bois ma vie, pour mieux la vivre.


On me demande souvent: « Pourquoi est ce que je..? »


Varient les verbes, les compléments, mais sans réelle importance. Seul le sujet demeure.


Pourquoi ici? Et pourquoi là? Pourquoi comme ci? Pourquoi comme ça?

Ou pourquoi, juste pourquoi...


Mais que répondre, sinon le sourire d'un silence, à l'effraction d'une attention qui aussi souvent peine à identifier sa question?


Je vois des forêts, des villes. Ici juste un plancher de terre, et là-bas du basalte terne. Partout le même toit d'hiver souvent traversé d'une pluie.


Au temps, je ne demande rien. Pourquoi des gouttes de son ciel s'écoulent? Ou pourquoi tant de sapins poussent avec un flegme millénaire? Pourquoi la neige tombe dessus, en petits flocons, en gros qui fondent, ou en manteau de fourrure H₂0 ?

Les qualités des meilleurs interrogations n'ont d'égales que leurs points. Les observations me suffisent.

Et ce faisant, je me dis, par exemple, que jamais je n'ai vu une aurore boréale. Je m'émeus des deux yeux de cette injuste déception et puis, un autre constat me rhabille: La délicieuse satisfaction de n'avoir jamais réussi, malgré maintes tentatives, à refaire le monde.

Il est donc permis au langage de toujours tout recommencer.


Chaque jour nouveau m'aguerrit. Et mon qui-vive, incompatible à l'amour des instants vivants, disparaît. Serait-ce le paradoxe d'une formule trop facile? Possible... Mais que la science naturelle alors reformule meilleur art de vivre.


J'amorce peu à peu l'idée d'un retour vers la France. Un lent retour sur les talons.

Mais à peine le nom évoqué et ma sérénité prend froid.

Je revois sans regret le désert de mon héritage. Sanction et menace à la fois envers les valeurs d'un cerveau qu'on aurait voulu moins à gauche, plus familiales, moins têtues...

Sinon la colère et les larmes, qu'est ce qu'un père et une mère, à trop d'égards hors du monde mais tout bleu en leur sang, retiendront de leur fils s'il refuse leur camp?

Encore une fois, l'observation me suffit. Et comme je n'ai pas d'écharpe, je m'éprends de ma capuche. Que la foule soit dense ou pas, avoir un habit sur la tête réconforte la foulée quand l'évidence hexagonale sans la joie d'y retourner, m'encouragent à traîner du pied.



Scandinavie.

Scandinavia...


jusqu'aux portes de Christiania, immense zone auto-gérée en plein coeur de Copenhague, l'errance en pente douce m'enroule à son baluchon apatride.

En chemin, elle m'invite dans les chambres de quelques tendres amourettes, qui réchauffent et puis passent, comme des mirages de cocagne.

 

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Mardi 31 mars 2009

 

 

Christiania, 14 décembre 2002

 


À l'écart du glissé des vitres aux précipitations suées,

les beaux extérieurs de trains filent.

L'estivage aime à faire l'oeil doux

et pulpes nombreuses aux iris.


Au delà d'un chemin de fer, maints morceaux d'histoire se disloquent.

Les pans d'une culture s'échappent.

C'est le prix fort du mouvement et les légèretés du voyage.


Une large péninsule penche

jusqu'à lécher une île. Encore.


Aux courants de la mer du Nord convoitée par la Baltique,

une grappe de terre trempée force les eaux à faire leur tour.

Entre deux rives.


Entre deux eaux.


Un entre-deux accoudée à une presqu'île.

Arrimée

à une botte suédoise.


Copenhague est

la grenouille pétrifiée sur le bord de son nénuphar.


Les cuisses de la France se rapprochent.

À vol d'oiseau c'est bientôt.

Mais en vue de ce lendemain l'appétit reste maigre...


L'ail dans l'âme, l'escargot en moi tient les rênes.

Il suggère de m'habiter là

sous une coquille familière

en fine peau de tente rouge.


Aux jardins de Christiania, les portes ne savent pas fermer.

C'est près d'un port et ouvert à

l'utopie vivante d'une libre ville et

comme un pied de nez au milieu de la capitale.


Des figures psychédéliques sourient sur les anciens murs militaires.


L'habitant construit sa maison.


Plus loin, il en est une en verre.


Et plus bas, la lumière rissole à la surface de l'eau.


Trois petits points jaunes sur fond rouge.

Trois points sur les "i" de son nom.

Trois sceaux qui marquent le drapeau, l'identité.

Et cetera est un Pays .


Christiania vient d'avoir trente et un an.

Elle a beaucoup d'enfants toute seule.

Mille âmes et un havre de paix, cycliquement bousculés

par des sirènes de police et des lois municipales

rêvant d'y planter des profits.



Hier manifestait.

Contre la guerre en Irak.

Des ailes de colombe ont tenté de pousser

dans le coeur d'une grande ville, comme ailleurs le même jour.

Mais le sol était inflexible sur tout le continent

et la graine n'a pas pris.


 

Vaste escroquerie que cette Europe.

Continence éprise des nations. Comme on fait son nid, on s'y couche.

Douze fausses étoiles en berne sur un fond bleu de cinéma.

Bracelet migrateur, et bague aux non-droits des oiseaux.


Qui voudrait que ses enfants chantent

sur le bout de leurs doigts les contes

d'une insipide croissance

heureuse de monnaie unique?


L'enfance du monde rate son éducation...

Parce que avant de dormir, à l'heure d'écouter les histoires,

trop peu ont entendu la vie de ce pays imaginé

qui ne cesse d'exister depuis.


Si Christiania n'est pas un fruit d'Andersen,

son charme a dépassé celui de la petite sirène,

morte de froid sculpté

sur un gros cailloux à touristes.

 


 

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Vendredi 3 avril 2009



Garés derrière des jours et des nuits d'auto-stop,

le Danemark et l'Allemagne tournent immobiles dans des rétroviseurs hagards.


Laisse les clignoter, Amsterdam!

Et s'il ne sait rien faire d'autre, laisse donc aussi passer le temps...


Décembre est plat.

Trop tard, pour la saison des fleurs.


Veux-tu bien prêter ton vélo et me dessiner ton visage?


Les Pays-bas. Le Pont-Maigre...

Le rouge des tulipes a foncé sur les lèvres en briques de maisons à la rue.

Et en-dessous de vieux sourcils froncés, l'hiver à gercé tes canaux.


Ton coup de crayon est gentil.



L'urbanisme est à la campagne.

Les villages à la grande ville.

Et le romantisme compose aux bras de l'aristocratie.

Ainsi le prince à son canal, un autre pour l'empereur.

Et encore un pour les Seigneurs.


Dédales ailleurs, dans le mélange des architectures et des genres,

certains faubourgs tissent des fables. Les nuits chatouillent la féerie.

Le matin, des reflets de ciel aux pieds de roseaux fatigués.

Et encore une lumière suave, entre les branches nues des arbres.


À la maison d'Anne-Frank, je ne rentre pas mais j'écris

quelques mots sur ces guerres qui font mûrir l'enfant trop vite.

 

Et puis roue libre et volutes, au-dessus des jus de fruits de quelques aimables coffee-shops. Là-dedans je rétro-pédale, tente de freiner à l'envers, et médite en vertes fumées sur ces retrouvailles qui m'appellent

à singer Noël en famille.

 


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Lundi 6 avril 2009



Des rencontres atypiques chassent des nuages cannabiques
et puis mutuellement, les uns les autres se renouvellent.

Sans décliner l'invitation autour des couverts en argent et des réjouissances du foie gras, j'ai attendu à Amsterdam et laissé la Terre tourner. Mais en guise de cadeau de Noël, je ne l'ai pas fêté.
Je suis resté ailleurs. Juste le temps nécessaire pour en dépasser la date.

Et puis, le vent mousseux à retrousser la manche de mon pouce fraîchement levé.

Une frontière et une fouille.

Anvers et Bruges à travers Flandres.

C'est un autre plat pays qui n'est le mien
mais s'en rapproche.

Là, des souvenirs familiaux resurgissent. Comme un vieux coucou mal réglé.
L'odeur d'un dimanche à l'hospice au chef-lieu de l'octogénie.
Un paysage du moyen-âge où tous chemins mènent à l'église.
Des musées du silence, rangés aux jardins des châteaux.
Qu'est ce que c'est beau... Qu'est ce que c'est chiant...
Et les hôtels, les restaurants...

Tout petit, mes parents m'avaient initié à ces visites culturelles faites d'ennui chamarré.


Meilleur est le goût du présent.
Celui de Bruxelles m'en réjouit par le retour de l'usage de la parole.

Ce soir, il sera 2003 une fois.
Sans la branche de gui.
Et sans résolution.

Lao, thaï, anglais, khmer, Islandais, féringien, norvégien, suédois, danois, hollandais.
Voilà plus de quinze mois que je perds la moitié de ma langue. Que sur des pages, toutes témoins de mes heures, je protège la seconde, en admirant ailleurs les sons, les alphabets, et tous les accents étrangers.

Ce soir, sept milles fois au moins, dans mes oreilles et dans ma bouche, un langage impatient va prendre d'assaut ma parole. Je le savais d'avance, comme si c'était écrit.
La Belgique, pourtant, me réserve aussi l'inconnu et la surprise. De celles qui appartiennent au temps, et se forgent avec la durée.
Passé ce lendemain des joyeux lurons digéré, je serais fait prisonnier par mes envies d'y rester, par ma facilité à le faire, par une sympathie au bout des doigts.
Plein de projets en mains, mes nouveaux amis m'encouragent à prendre racine chez eux.

Au sein des grandes ville, comme à Christiania peu avant, j'aime vivre ce qui est contrasté.
Là, ce sont les squats bruxellois, les collectifs d'une culture capitale parallèle, et des artistes militants lancés à la reconquête de l'espace public. Citymined, Recyclart... Underground divers, éphémères variés.
Les oeuvres temporaires façonnent un urbanisme hors-pierres, et bien vivant.

Là où les initiatives socio-artistiques fourmillent, nombreux sans-papiers se côtoient.
Beaucoup d'entre eux ont fait plus longue route que moi, et j'en relativise les mérites de mon voyage.
J'ai l'encre solidaire depuis, et allègrement mouillée à engager mes écrits. À défaut de papiers pour tous, j'écris au rapprochement des peuples.

Dehors, je ne suis jamais à la porte mais tout entier à l'air libre.
Et aux carrefours du monde, aux correspondances des villes.
Je n'habite pas. Je ne réside plus.

Toutes les maisons me ressemblent
mais je ne les remarque plus.

Les rues s'effeuillent.
Le temps pense.

Par monts, par vaux, et maintenant par villes, l'écriture va
dans tous les sens de la vie.


De janvier à avril, contre des haïkus sur des frites, une sandwicherie près de Grand-Place m'offrira tous mes repas.

Et puis Lille.
Et puis Paris.

Et puis...
Bruxelles sera ce nouveau cycle que le passé vient d'attraper.


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Jeudi 9 avril 2009

 

 

 

Aller-aller-aller-aller-

...retour.

 

Celui-là, j'ai pris mon temps pour le traîner.

 

De Grand-place à Grand-place, Lille et Bruxelles se ressemblent.

Ça adoucit l'entrée en France, remise à plus tard, repoussée.

 

À présent, on me croirait presque pressé. Parce que au Furet du Nord et à cours de papier, je me hâte pour trouver le rayon des bloques-notes. C'est mon cachet à moi contre le mal des transports. À Lille, je ne fais que passer.

 

À force d'insistance, et pour mon anniversaire, j'ai fini par céder.

Je suis à Paris le même jour, et puis dans les Hauts-de-Seine.

 

C'est le même trottoir et la même peinture noire.

Au dessus du portail, deux vieux sapins dansent un slow.

Leurs bras dissymétriques et toute leur envergure saluent mon arrivée avec un flegme souple.

Comme si hier durait toujours.

Alors je sonne.

 

 

"Tu t'es donc enfin décidé."

Si ma mère feint ainsi ce soulagement affirmé, ce n'est que pour mieux s'en convaincre.

 

Non, je ne rentre pas de voyage. Je m'autorise seulement un crochet familial.

Mais déjà sûr de décevoir, je me contente pour l'instant de ne pas acquiescer.

 

Carolina a préparé le dîner.

Bien que discrète, son affection à me revoir me semble autrement généreuse. C'est réciproque.

Sans rééditer mes scandales si prompts à l'embarrasser, j'aurais aimé pourtant qu'elle mange à notre trop grande table.

 

 

Au dessus de nos trois couverts, on s'étend sur mon avenir. J'entends tout, sans rien en dire.

On exulte à mon égard, mais sans moi, en considérant des projets aussi grandioses que sans âme.

On m'exhorte à y réfléchir, mais raisonnablement, pas question d'un second refus. Un désintérêt renouvelé pour l'héritage couleur carotte, qui de nouveau me tend la main au dessus d'un bureau sinistre, signerait l'irréversible ruine de ce futur doré que des générations d'ancêtres ont tracé à la sueur séchée de leurs sceaux, et au courage du coupe-papier.

Il faudrait, pour mon bien, que je me rende à l'évidence : je ne saurais être jeune pour toujours. Et à bout d'éloquence alors, on craint que le revers de la médaille ne mette en péril mes vieux jours - et en faillite avant eux, ceux de mes dévoués parents.

Pour palier un peu plus à la misère des arguments, l'effort de persuasion n'hésite pas à formuler que la connaissance des pays favorise le sens des affaires...

Vendue à ses basses intentions, la mesquinerie de cette trouvaille, qui fièrement confond l'infini charme de la Terre avec les affres cupides de la mondialisation, ébranle la cime de mon émoi.

 

Les simagrées n'auront pas tenu la distance.

À l'endroit de sa descendance, l'amour parental est monté sur ses grands chevaux de Troie. La duperie et deux langues de bois me promettent, à condition que je mente, tous les sentiments les meilleurs, l'immense respect et les honneurs de la digne reconnaissance. Accessoirement, si le mensonge s'engage, avec ma bonne volonté, sur cinq ans renouvelables, je recevrais en prime le plus gros des chèques au noir, et tout l'or du monde d'un vieux coffre.

Oui, tout ça me reviendrait à point, si je ne les fais plus attendre.

Si je renie Ulysse, Robinson Crusoé, Marx et consort, avec ma main droite sur le coeur et toutes mes valeurs de gauche livrées aux flammes de l'oubli dans l'antichambre de ma mémoire immature.

 

Aucune tergiversation ne s'en suit, ce n'est vraiment pas nécessaire.

Et si je suis médusé, ce n'est pas tant par les eaux troubles des gros sous qui rouillent leur vice, ni leurs manières de notaire avarié, je connais mes parents encore mieux qu'ils ne m'ont fait. Mais silencieux de bout en bout, j'escomptais seulement, qu'après une si longue absence, les contours de leurs discours soient redessinés, arrondis, par la diurne tectonique de leurs plans cérébraux.

 

Là, cette absence de nouveauté témoigne d'une évolution restée vingt mois au point mort. L'inertie forme la vieillesse.

 

 

La nature de la paperasse ne permet pas d'être déshérité deux fois. Mais quand même, puni soit qui mal y pense.

 

Sans mon anniversaire et sans un au-revoir, j'allais voir dehors si j'y suis.

 

Ailleurs encore, la vie est belle.

Et elle me souhaite la bienvenue, en avance sur mes rendez-vous du côté des amis .

 

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Lundi 13 avril 2009

 


Place des Abesses, 19 avril 2003



La durée...

C'est le temps qui s'écoule. Sa notion

c'est l'existence ordinaire d'imperceptibles changements.

Qu'ils prennent place sans la rendre! Et comme si de rien n'était.

Partout. Juste là où l'on n'est pas. C'est la vie.

Pour qu'à jamais autour, ce que l'on connaît reste à voir.


Voyager loin ne concerne plus l'horloge mais

un commun mouvement au voyageur et à la Terre.

Il se peut qu'il opère le ralentissement du temps.

Pour soi, ou intérieurement.


Aveugles ailleurs, visibles dans l'écart seulement,

les vitesses s'entassent à l'empilement des jours.


Une vielle dame regarde par sa fenêtre.


Tous les quartiers, et le ressentiment avec.

Entendues au coeur du métro, les langues étrangères d'un quart du monde nouveau.

Tous les gens, toute leur vie...

Tout ce qui passe, qui se passe, ou se pense, tout,

entre les regards amis ou les poussettes des enfants.

Les rues au long cous de la ville, les façades à la main.

Le pouls d'un bus accordéon qui joue en sourdine en banlieue.

Les vêtements de la mode, les vétérans sur leurs bancs. Le sourire

jaune et bleu du printemps. Mon retour de l'absence.

Rien.

Rien de tout ça ne se comporte comme avant.

Disparu de mon quotidien avec d'autres mots inutiles, le dépaysement resurgit.


Et moi?

Je suis comme la vielle dame égarée à sa fenêtre.

Je peux reconnaître la ville mais sans vraiment m'y retrouver.


Alors je me raconte. On m'écoute et je me répète.

Chez ces amis, réapparus avec moi, je me noie allégrement.

J'ai souvent peine à camoufler une déception « poétique » à voir ce qu'il ou elle sont devenus. Dépouillés de leurs étincelles.

C'était le voeu cher à la France. Heureusement, tous ne l'ont pas exhaussé.


J'ai souvent peine pour quelques uns, et puis je leur fais une raison.


Donnez moi juste quelques jours!

Donnez moi juste le temps.


Je serais ce poisson dans l'eau qui a repris le poil de la bête parisienne.


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Jeudi 16 avril 2009

 

 

Il y a eu l'Europe vénale et les grandes conquêtes de l'euro.

Il y aura l'Europe normale, lumière cochère et forêt noire.

 

La culture nourrit les musées. L'innovation est sédentaire.

Les avenirs au crible feint, les après-guerres au mascara

fanaux d'une histoire à reluire dans les sillons aléatoires de quelques capitales prestiges.

 

Le nomade osculte l'état des différences et des distances, en prenant du recul à mesure qu'il avance.

 

Sur la route, l'amour se fraye des chemins

à perte de vue disparaît.

 

Et ainsi va Paris sans moi, jusqu'à une histoire d'eau nouvelle.

Elle et moi à Cologne, nous remontons le Rhin.

 

Romantisme aux pales soupirs et rupture d'un flirt sur une rive interdisent les sommets du fleuve.

 

Des collines sans air à Stuttgart.

 

La Bavière au milieu des arbres.

 

L'art contemporain à Berlin où l'est et l'ouest oeuvrent sur moi à des étreintes hétéroclites, avant l'inspiration écrite, comme un leitmotiv de voyage.

La légèreté des oreillers aime à encourager la plume.

 

Je vais au Danube en avion. Les ponts de Budapest, le parlement cathédrale.

Partout, les touristes se ressemblent, mais la volupté du moment en distingue au moins deux. L'été n'en est pas à son premier coup de soleil indolore.

À deux, en train, nous traversons les terres, la Transylvanie pittoresque, les Carpates escarpées, Bucarest de long en large.

Puis un vol pour Zagreb d'où Miia, après ce long détour imprévu, s'en retournera en Finlande.

 

Début octobre, l'été s'est fait la malle en remballant ses atours.

Et depuis les longues plages Croates, je renifle de loin les îles, pesant la chute du baromètre.

 

Face à la mer, les lieux se vident.

De l'autre côté, c'est déjà l'Italie.

Là où j'irais après?

Oui, mais je ne le sais pas encore.

 

Aujourd'hui, c'est le roulis de l'eau et une saison qu'il efface.

Les vagues d'une mélancolie qui jette son ancre sur moi, qui m'inspire un nouvel écrit: Le dictionnaire des mots qui manquent. Ouvrage de l'instabilité conçu pour des moments comme ça. La génèse d'un livre en pousse qui jamais ne me quittera.

 

 

Première entrée au dictionnaire des mots qui manquent:

 

Oanue n.f. Frontière imprécise entre une étendue d'eau et la terre ferme.

 

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