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Samedi 23 août 6 23 /08 /Août 17:27
 

 


Un beau jour comme les autres, j'ai quitté la France et depuis,

tous mes jours sont plus beaux.


Laissés derrière mes p'tits boulots, mes tunes, ma CB et mon studio.


Seuls avec moi un stylo, un passeport, du papier, mes fringues du jour sur le dos.

Et depuis, je m'emmène comme ça,

seulement au fil de mes mots.


...

 


 

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Samedi 23 août 6 23 /08 /Août 17:31

C'est une initiative humaine.
Une aventure, libertaire et poétique, entreprise en aout 2001 et sans interruption depuis.

Le concept: Vivre et voyager sans un sou!

Ni compte en banque, ni richesse.

Mais, avec pour seul moyen de subsistance ou de troque: Les Mots.


L'homme Qui ne vit que de mots se raconte ici en différé de 8 ans.

Récit pour rattraper le temps avant de conter le présent.



 




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Samedi 23 août 6 23 /08 /Août 17:41


Sortie du métro Porte de la Chapelle.

 


Sur ma page 1:


Aéroport Charles de Gaulle

                - Stop -


Sur le recto, en grosses lettres, 5 mots.

Une Renault 5 me prend.


Sur le verso, à l'intérieur, j'écris:


Jamais je ne conduirai mais

au volant des mots deviendrai

ma propre prose vivante.


A la ligne le temps.

Au temps la ligne.


L'horizon s'écrit au présent.

En avant!

En avant Aujourd'hui!

Demain déjà vous remercie.


Sur la banquette arrière, juste une poignée de vers ;

mais bien des tours du monde après, je ne sais souvenir leurs pairs.





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Lundi 25 août 1 25 /08 /Août 12:04

 


Sur ma page 2:


Votre biographie

contre un billet d'avion.


Prière

de bien vouloir me prendre aux mots!




Des heures et des heures tombent. J'attends debout.

Beaucoup de sourires.

Beaucoup me regardent sans me voir.


Quelques yeux de mépris aussi:

Petits monceaux d'humanité en vacances prolongées,

bêtise contemporaine d'une hauteur inimitable..


Pendant leurs pauses, des employés de l'aéroport m'interrogent.

Ici par compassion, et là par sympathie.

Pour les mêmes raisons je réponds.


Quelqu'un soudain me prête espoir:

Madame à un billet pour Londres en trop. Ni échangeable, ni remboursable.

Il m'est proposé gracieusement et sans contrepartie. Mais il y a un nom dessus.

Un autre nom que le mien.

Je ne suis pas collectionneur et délaisse l'appropriation d'un billet à usage perdu.

 


 

On me parle et me parle. Encore on me questionne.

Tant et tant de curieux en mal d'un voyeurisme enthousiaste et bavard.


Je ne sais ou je vais. Et à tous ceux qui me demandent je leurs réponds que je pars.

Je pars, et je suivrais le vol qu'il leur plaira.


13h00.

« On » me fait porter un sandwich.

Je remercie le serveur sans n'avoir vu mon bienfaiteur.


Après manger, le décollage se fait plus proche.


“Bonjour!”

Elle parle un français presque sans accent.


« J'ai Bangkok, ou Vientiane, mon vol a une escale ».


Je regarde mon annonce papier.

Rien n'y étant précisé, elle seule peut décider l'itinéraire de sa biographie.


Elle sourit.


« Où sont vos bagages?»


Je lui montre mon stylo.

Elle s'arrête de sourire.


En hochant les épaules, je lui montre mon seul leste, un petit stock de papier.

Elle rit un peu. Un peu forcé je pense.


« Vous avez un passeport? »


Je lui montre mon passeport.


Gagné!


Je l'accompagne au guichet de la Thai Airways pour faire changer son deuxième billet à mon nom.


« Vientiane? »

« D 'accord. »


Je m'enquiers du temps de vol.

18h00.


« Je m'appelle *** , ravi d'être votre biographe ».

« Iona, enchantée. »


Elle sourit de nouveau, me serre la main, et puis s'incline poliment tendant son autre main vers le hall de l'aéroport à la façon d'un maître d'hôtel asiatique.


Du plus profond de mon sincère merci j'accepte son invitation.


De son côté, l'hôtesse ne nous témoigne qu'un très joli regard blasé.

 

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Mardi 26 août 2 26 /08 /Août 10:21


Après l'embarquement, Iona sait tout de mon voyage.

Aucun argent, aucun bagage, je ne vivrai que de mes mots, et de ceux qui les aimeront.


Et pour la biographie?

En me prêtant son E-mac, elle me demande si je veux bien l'inventer.


“Vous savez taper n'est ce pas? C'est pour mieux la conserver.”


Alors j'acquiesce.


Elle programme une alarme.


“Quand ça sonnera voulez vous bien me réveiller pour me faire lire? Je vous dirai quelles parties développer.”


4h durant j'écris.


Iona est Autrichienne, mariée depuis 11 ans à un homme d'affaires Japonais.

Elle ne travaille pas, parce que son mari le fait trop. Et s'ils n'ont pas d'enfants, c'est faute de temps pour essayer.

Ils vivent à Paris, rue de Rivoli mais n'y sont que rarement.

Ils voyagent énormément, surtout son mari, pour le travail.

Elle, suivant la nature des séjours, l'accompagne, le suit. Davantage elle l'attend.

Elle a très peu d'attaches et ne voit que peu sa famille.


7 ans plus tard, j'ai quasiment tout oublié de sa vie inventée.

A l'épreuve du temps qui l'efface, sa biographie amincie.


L'alarme avait sonné.


On nous sert les plateaux repas.

C'est bon ou pas. Je ne sais plus.


Aussi concentrée qu'impassible, Iona a mis plus d'une heure pour lire une trentaine de pages.

Elle ne fait aucun commentaire.


“Pouvez vous développer un peu ma vie d'avant mon mariage? Ma naissance surtout, et puis l'université.”


Intimidée? Troublée?

Déçue..?


Elle programme une nouvelle alarme.


Je reprends.


Naissance à Vienne.

3 autres soeurs la suivent.

Rapidement son père meurt.

Iona est très studieuse. Plus tard elle sera avocate.

Mais plus tard elle préfère les langues, étudie le français, l'italien et se passionne pour la littérature. Avec sa classe de lycées elle part à Rome, puis à Paris. Elle y retourne à 22 ans pour une thèse sur le romantisme.


Je réinvente ici le résumé de sa vie, en même temps que j'en raconte le déroulement de l'invention.


Iona s'est endormie avec un masque sur les yeux.


Elle a questionné ma démarche pour y traquer le moindre suc

mais pas une seule once d'enthousiasme.

Beaucoup d'intérêt mais stoïque.


Je suis vexé en l'air.


Depuis le décollage, plus un sourire.

Au lieu de quoi, des semblants de concentration, une économie de parole.

Cette femme prend l'avion très au sérieux. Quel manque de drôlerie arrogant!


Accolée au hublot, bandeau-lunettes en tissu noir, son sommeil lui fait des UV.

Iona s'arrange avec Morphée pour cacher sa biographie.


Rien ne bouge sinon mes doigts. M'écouterait-elle écrire?

Possible...


Je demande à son silence si au fond elle m'est sympathique.

Il me rétorque: « Enigmatique »,

juste avant de me rappeler, un brin sévère, la provenance de mon billet.

Passons...


Par dessus les nuages, tout est bleu nuit-qui-tombe. Une banalité si paisible

que sans aller coucher mes cils je pourrais m'endormir ainsi.

La nuit passée déjà, des mots m'avaient remplie la tête.

Tous mes rêves éveillés avaient tû ma fatigue, et l'excitation du départ avait bercée mon insomnie.


A présent, je dépasse l'Europe, la Méditerranée. Et de nouveau,

l'écran blanc à écrire l'emporte sur le hublot bleu à dormir.


Vient l'heure de la seconde alarme.


Les jambes en trains d'atterrissage, bordé d'impolitesse j'assume

un somme plus long que 100 000 loirs.

Je rends à Iona son ordi et dors jusqu'à Bangkok ainsi.

Mais non...

Ce n'est que l'aparté d'un songe.


Je donne à Iona un sourire, en lui passant la machine blanche.

Puis je joue avec mon attente.


Cette idée de sommeil, pourtant, caresse tout mon corps en proie à maints gémissements aphones.


La biographie de 50 pages est sur les traces

du même accueil que son ébauche.

Iona s'y consacre deux bonnes heures, sans autre visage qu'un témoin

au procès de Nuremberg.


Ma bienfaitrice est déprimante.

Et pour la première fois du vol, je promène mes yeux dans l'avion.


Incroyable.


Enfin.


J'y suis. Je vole. Je l'ai fait...


Je réalise soudain que, dans moins de sept heures,

seulement,

je serais au croisement du hasard, de ma prose, et du globe.


Tous les gens d'ici sentent très fort

le tourisme aller-retour, les congés payés, et le plastique à valises.

Odeurs sans persistance.


Mais dans ma bouche un goût étrange.


Je viens de mordre à l'aventure. J'en prends conscience et aussitôt

la conscience m'en reprend :


La liberté. La légèreté.

Deux mêmes sentiments qui se vivent à l'exponentiel.


Je m'en vais aux toilettes consigner cette pensée

et l'y laisser à vue:

Un post-it dans le ciel pour voyageurs universels.


Mais sur place je n'écris rien.


De l'eau sur le visage, un regard dans la glace

et la fatigue entre quatre yeux qui gentiment me dit qu'elle passe.


Je retourne à ma place.


Après cette « révélation », Iona est la même qu'avant.

Une différence toutefois:

A présent je m'en fous.


La poésie poursuit mon vol et demain je boirai son encre.


Je m'imagine déjà. Je m'imagine ailleurs.

Jusqu'à me faire gifler, ailleurs, par le culot de mon imaginaire.

Ca ne fait pas mal mais pour surprendre, c'est efficace :


Diantre! Dans quel pays se trouve Vientiane?


Voilà près de douze heures que je vais dans une direction n'en connaissant que le nom.


Au fond, ce n'est pas vraiment déplaisant...

Mais je regarde mes billets.


A 1h00 d'avion de Bangkok ça peut être en Malaisie, au Cambodge, en Birmanie, au Vietnam...?

Par proximité phonétique, c'est le Vietnam qui retient tous mes pronostiques.



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Mercredi 27 août 3 27 /08 /Août 13:26


Coup de théâtre.



De discrets applaudissements échappées des mains de Iona m'enlèvent à mes réflexions.


Je n'en reviens pas. Elle sourit!


« C'est formidable. Je ne pensais pas être à ce point imaginable. »


Abasourdis, je ne dis rien.


Elle applaudit de nouveau.

C'est une poignée de claps claps empressés, contenus,

comme sous le coup de la surprise.


«A vrai dire, je n'étais pas sûr que ça vous plaise... »


« C'est normal... » Et elle rit.


J'attends la suite. Mais pas de suite.

Elle referme son portable, avant d'ajouter tout sourire :


« Avec tout ça, c'est la batterie qui fait grise mine. »


Mes impressions « bIonagraphiques » demeurent des plus mitigées.


Jusqu'à Bangkok, Iona me parle et m'interroge.

Elle n'a plus aucun accent.

Son français devient même étonnamment littéraire.

Pour m'épargner au mieux toute impolitesse maladroite, j'hésite d'abord la remarque.


Puis ma curiosité l'emporte.


« C'est possible... » Et elle rit.


J'attends la suite. Mais pas de suite.


Elle me parle littérature, sonde mes goûts en la matière.

Maints et maints titres cités.

Les toutes dernières merveilles de l'Edition contemporaine, m'évoquent au mieux des affiches de cinéma.

Des films que je n'ai pas vu.


Je préfère la poésie mais j'écris plus que je ne lis.


On en revient à mon voyage. Sa durée indéfinie. Ses facteurs aléatoires.


« Pour une première étape, le Vietnam c'est pas mal. »


« Ah!? » Iona paraît surprise, déçue, introspective, troublée. Différente...

« Alors faudra refaire du stop à Bangkok ou Vientiane. »


« Mais... Vientiane n'est pas au Vietnam..? »


[...]


L'auteur fait ici l'impasse volontaire sur de récents éclats de rire et le ridicule insolite qui firent place à ses derniers dires.

Choisissant de sauter la page, une poignée d'heures et une escale, il ne reprendra son récit qu'à son arrivée au Laos.



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Mercredi 27 août 3 27 /08 /Août 13:30



Cet aéroport est moins grand que certains cinémas chez nous.

Et tranquille comme un musée vide.

Je trouve tous les douaniers sympas. Souriants.

Faut dire que je le suis aussi.


Très bonne entrée en matière. Vraiment!


« Iona, un immense merci ! J'aime infiniment ce pays. »


« Ah? Plus que le Vietnam? » Et elle rit.


Je n'ai jamais vu aucun rire si fréquemment identique.


« Je préfère le Laos.

Je ne suis pas au Vietnam donc c'est forcément mieux ici. »



Iona voudrait connaître mes projets sur le court terme.

Où je compte me poser?

Comment je compte m'y prendre pour la suite?


« D'abord, j'aimerais bien voir dehors. 

Ensuite...

Je n'y ai pas réfléchi mais, grâce à vous, mon stock de papier est intact.»


« Vous allez à pieds à Vientiane, vous restez sur le site ou vous venez dans mon taxi? »


Devant nous, aussi sympa que les douaniers, un laotien, un carton-taxi à la main.


Mlle A. N............


L'initiale d 'un prénom, suivie du nom entier. Iona s'arrête.


Bien sûr, je note l'incohérence de ce A. comme initiale de Iona. Mais ne dis rien.

Mlle aussi me surprend. Ma perspicacité est au bord du licenciement.


Je mets en pause mes analyses.


Dehors, c'est un sauna.


Le taxi va doucement.

Le ciel est très bas. Pas bleu du tout.

Aucune circulation mais une route droite, et seule, où il a beaucoup plu.


De la musique locale à la radio.

Un bout de Mekong sur la droite.

Et nous voilà déjà en ville.


Il n'y a pas foule dans les rues.

J'ai cru compter plus de temples que d'habitants.


« C'est pas pour jouer les touristes, mais quand même, qu'est ce que ça à l'air paisible pour une capitale! »


« Oui, ça l'est! Mais attention, le tourisme progresse...»


Un palais avec un drapeau. Un virage. L'ambassade américaine.

Et peu après on s'arrête.

Même sans montre, je sais qu'on n'a pas été loin.

5 minutes, tout au plus. On aurait pu le faire à pied.


Le chauffeur nous ouvre la porte.

Tellement sympa que Iona ne le paye pas.

Il ne dit mot. Il consent.

Et attend.

Elle s'en détourne.


Nous somme devant le Centre de langue française.


« Je suis attendue ici.

J'ai bien compris que ton projet consiste à ne rien savoir d'avance, mais bon, si d'aventure ton papier prenait l'eau... »


Après m'avoir tutoyé, elle me tend une carte de visite.


« J'y reste deux semaines.

Ce n'est pas vraiment chez moi mais c'est bien plus accueillant que la rue de Rivoli... »


Son meilleur trait d'humour. Et cette fois elle ne rit pas.

Une toute autre personne. Elle s'en recoiffe en s'éloignant.


« Merci. »


« You're welcome. Et surtout n'hésite pas! »


« J'voulais dire pour l'avion...

le merci. »


Elle se retourne.


« C'est pareil.

Je n'ai pas payé ton billet.»




De la rue d'où l'on est venu, personne.

Alors je prend droit devant.

Le chauffeur me regarde partir.


« Good bye. ».


« ...Au revoir monsieur. »


Après le bonjour de l'aéroport, c'est son quatrième mot français.

 

Je range la carte de visite. Bien décidé à ne pas m'en servir.


En face, au loin, l'arc de Triomphe.

Un remake miniature du notre, mais en gris.

De plus près, il est tout entier en béton.


Les trottoirs sont de meilleures pierres.

Je commence à marcher.


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Jeudi 28 août 4 28 /08 /Août 10:25



S'il avait plu sur Vientiane,

le sol d'à présent est sec

comme un gros nuage mort.


L'humidité a échoué.

Le soleil triomphe.


D'avancer avec mon trajet,

je m'arrose.

Quelques gouttes de gens sur la ville.


Trouver ma première racine.


Je pousse à gauche,

à droite,

comme je sème mon chemin.

Et ma semelle prend de la graine.


On vit. On me voit.

Moi aussi.


Pourquoi des chaussées aussi larges?


Rues faciles.

Incapable de s'y perdre.

Chaque carrefour me retrouve.

Me rappelle.


Debout j'ai parlé à la ville

et achalandé mes yeux.


Maintenant...

J'ai un peu mal au ciel.

C'est dans mon ventre, ma tête.


Manger.

Dormir.

Ces verbes qu'il me faut nourrir.


Aussi je crève

de chaud

en rêvant que j'oublie.



Me souvenir de la soif.

Ca y est.


Me souvenir, trouver

ma première racine.


Et une terre où écrire.




           _______



Equations à deux infinis :


Hier = (L' Histoire) - (Aujourd'hui)

        = - (Qu' Aujourd'hui)


Demain = (L' Histoire) + [(L' Inconnu) x (Aujourd'hui)]


Les apostrophes sont des variables toujours uniques.

Les parties post-apostrophes sont des mystères entiers à part.



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Vendredi 29 août 5 29 /08 /Août 12:29



Je m'arrête.

Combien de temps à arpenter Vientiane?
2 heures, tout au plus. Il est des errances plus longues.

Mais des capitales si petites...

Plusieurs fois aujourd'hui, j'ai ramassé mes propres pas.
Sans le faire exprès.
J'ai vu se tromper mes pieds. Et mes emprintes

coller leurs traces.


Le Mékong serpente un côté.

Quant au nord et à l'est... Les rues ont beau

faire ce qu'elles peuvent pour durer,
on
joint les deux bouts sans peine.

Le sud, lui, tient un peu mieux la route.
Mais sans non plus en mener large.
500 mètres, peut être, dans sa meilleur forme.



Ici, la densité n'existe pas.
C'est un joli village.
Et des
bâtiments d'une grande classe! 



Tout est propre.
Pas de
feu tricolore. Peu de voitures.
La sérénité fait la loi.
On s'y sent bien.

Même un peu trop, on dirait le paradis!
J'ai peur de m'y faire chier à force...

Mais pour l'heure, pas le temps.
Je carillonne.
Mon horloge interne fait des siennes.

Cheval, je stoppe ma lancée.
Mon instabilité cravache.

Il faut m'écrire à boire!


De la visite, j'ai su relever quelques pistes.
Des guest houses, des restos, où ça parle français pas mal.

J'y vais.

1ère, 2ème
, 3ème...

N-ième enseigne.


Tous les gérants se connaissent.

Les uns me renvoient aux autres.

Meilleur est le standing, moins je les intéresse.

Je m'en tiens aux maisons tradis.
Je toque à des guitounes en bois.

Dedans :

Des tonnes de gentillesse. Une écoute qui va de soi.


Tous leurs refus sont doux.

On dirait presque des cadeaux.

Et pour l'adresse du Père Noël, aucun n'est avare de conseils.

Je persévère.

Un seuil peut en appeller un autre.


Je persévère, puis enfin :

                    Khamvongsa guest house



C'est difficilement prononçable.

Ça ne paye pas de mine.
Mais ça me loge et me nourrit.

Le touriste français est surprésent à Vientiane.

Il faudrait traduire le menu.
Et aussi les infos diverses qui
pullulent ici en anglais.

Flatter la paresse linguistique de petits frenchys en vacances.

J'entrevois mon premier repos.


Mon langage est embauché.



 

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Samedi 30 août 6 30 /08 /Août 09:11


J'ai passé deux nuits ici.

Pas loin du temple Xieng Nyeun (comme ça se prononce).

Et en face de Couleur d'Asie, une boutique “d'artisanerie”.


Les traductions n'ont pas trainé.


Au menu il y avait trois plats.

En cas de doute, je goûtais.


Pour le reste,

des consignes sanitaires, ne pas incendier sa chambre, ni se droguer dedans en possession d'arme à feu.

Des services touristiques aussi, visa, linge, transports, etc.


Pour prolonger mon embauche, j'ai présenté la maison.

Toutes les consignes, les services, y revenaient.


Une jolie page d'accueil, signée Khamvongsa guest house.

Et pour le coup, un texte à traduire en anglais.


Je gagnais quelques fringues perdues.

Une adresse en cas de pépin.

Une anglaise m'offrait son lit.

La maison libérait une chambre.

Jessica ralongeait d'une nuit.

Je repartageais son lit.


Et tout le monde était content.



Après, il fallait que je vois ailleurs.


J'avais le temps bien sûr.

J'avais le temps.


Mais bon...

Parfois, je préfère l'impatience.


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Samedi 30 août 6 30 /08 /Août 10:05



En moi, je regardais Paris...

Grande jalouse de mon départ.


Elle qui disait :

“Ca marchera pas... Sois raisonnable...


Plus tard, je lui dirais des poèmes.


Mais là, seulement je l'insulte.

Je lui souris.


Paris.


Cette ville qui se prête à tout.

Hier à pleurer de colère. Et ici à rire aux abois.


Moi.

Chien et traineau à la fois.


Je transperce le vide.

Je m'allège.

Et comme je marche je glisse.


Je tue le vide, me désattele.


Adieu banquise!


Et puis...

Mon imagination bivouaque.



Aux sous-terrains de mon cerveau,
en quête de correspondances,
mes pensées prennent le métro.

Et à chaque ouverture des portes,
chaque station, escale, débarcadaire, entrée en gare,
mes pensées se font descendre par de nouvelles pensées montantes.

Ces passagères zélées qui scandent,
pour un temps,

à tout-va et à tue-tête,
leur droit aux voyages éphémères.

Et pourtant toutes, depuis leurs places,
me transportent à la trace en des destinations qui durent.

Là bas, quelque chose d'impalpable,
certain de mes "je ne sais quoi",
m'y pérénise,
m'y abandonne.

Je me rends davantage.

Puis il faut que je re

commence

mon inexplicable expansion.

 

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Dimanche 31 août 7 31 /08 /Août 10:19

 


D'abord, ici, il est partout.

Comme tous les dieux qui se respectent vous me direz.

Mais là où d'autres y sont par mégalomanie,

pour montrer comme ils sont forts, pour endiguer à leur manière un certain vide existentiel, ou que sais-je.

Lui, Bouddha, il est partout

parce que les hommes l'y ont mis.


Debout, couché, assis,

souvent en or, et jusqu'à 15m de haut!

Tout le temps, il sourit.

Jamais de sa vie ne se fâche.


Et même après sa mort...


Tout le monde le connaît, une star internationale.

Et pourtant, on ne l'entend pas.


Il y en a plusieurs, des prophètes en son pays.

Mais pas lui.

 

Lui, ne punit pas, ne juge pas.

Et même pas ne conseille.

Il n'est pas non plus omniscient. Il n'a pas la télévision.


Cool, juste cool. 

Bouddha est cool. Et c'est là toute sa réussite.


Comment vous dire ces temples...

A Vientiane, ou Luang Prabang, je ne sais plus.


Là bas, on héberge des fleurs dans de vieux obus recyclés.

Les culs font des pots ordinaires, et les corps font deux jardinières. 


Bien des touristes américains,

se succèdent à dire "Oh my God!"

Des armes made in USA, tombées de la guerre du Vietnam.


Ici, pour marquer sa surprise, on dit plutôt "Oh my Bouddha". 

Mais jamais pour la botanique. Jardiner comme ça c'est banal.


Ou bien Bouddha a de l'humour, ou l'écologie c'est son truc.

Quand on aime rire et la nature,

en tout cas c'est ce qu'on se dit.


Mais bon...

La vérité je vous l'ai dit.

C'est juste que Bouddha est cool.


La symbolique des bombes,

les "pourquoi" et les "où" elles tombent,

ça lui passe au dessus de la tête.


Ca le dépasse. Et moi aussi...


Allez comprendre

qu'un si petit pays, en deux ans seulement,

ait reçu davantage de bombes

que tous les largages cumulés de la seconde guerre mondiale.


Allez comprendre...

Une demie tonne par habitant!

Pour une population de 3 millions à l'époque.


Tout ça m'échappe.

Mais pas les traces.


Bouddha ferme les yeux.

Au fond, que faire de mieux..? 


Et il sourit encore. Quand je file la plaisanterie...


Peut-être suis-je cool aussi.

Peut-être...

Passons.



En attendant,

tout ce métal...


Les braves âmes auraient bien du mal à planter autant de fleurs.

 

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Lundi 1 septembre 1 01 /09 /Sep 10:36



Good morning Vientiane!

Autres menus, autres papiers, et diverses adresses.


Mes deux premières semaines imitaient mes deux premiers jours.


C'était de plus en plus facile.

Parce que je l'ai fait là-bas. Ils le voulaient ici.


J'aurais proposé mes services contre une poignée de kips (la monnaie locale qui vaut rien),

ça n'aurait pas pris pareil.


Mais contre un lit et du riz...

Tout de suite, c'est comme si j'étais gratuit.


Je trouvais les laos marrants.

Ils me trouvaient bizarres.


Aux yeux des backpackers, j'étais un allumé sympa.

Et eux des Bisounours.

Ou des babacools à fleurs.

Voire des junkies, parfois.


Les Bisounours, toujours en couple,

n'ont qu'un ou deux mois de vacances.


L'expérience de leur vie.

Supers potes avec tout le monde.


Le genre Bouddha, en moins profonds, plus bavards.


Les babacools aussi ont du Bouddha en eux.

Mais ils ont l'autisme en moins.


Ca chante. Ca rit. Ca vit.

Ca prête son lit.


Et ça se quitte en sourires.


Les junkies, je ne sais pas.

Eux non plus.


Petits ou grands les voyages...

C'est le temps des rêves d'opium qui régule leurs aller-retours.


Ils se remarquent

moins qu'ils ne partent.



Traduire les menus, les Post-it,

c'est marrant deux minutes. La première fois.

Mais ça ne fait pas voyager.

Tout juste dormir et manger.


Fallait que je voie du pays.

Que je me donne les moyens d'écrire en de meilleurs endroits,

de meilleurs vers.

Pour pousser ailleurs l'aventure.



Mieux qu'une carte de Vientiane. Une carte de visite.


Aucun naufrage sur ma route.

Je n'étais pas à la rue.


Mais après tout, Iona avait bien insisté.

Surtout ne pas hésiter!


Elle devrait partir, bientôt...

Si ça se trouve c'était trop tard.


Et puis je m'étais rendu compte, en traduisant des papiers,

qu'elle avait payé mon visa. Sur le coup je n'avais rien vu.


Voilà, c'est ça... J'avais une dette!

Et fallait que je la revoie.



J'ai sonné elle n'était pas là.

C'est Pierre qui m'a ouvert.

Il m'a remis assez vite. C'est bien, il savait.


Iona partirait le lendemain.

Moi je pouvais rester ici.


Pour l'instant y a la place!”


Un photographe. Un ethnologue. Une architecte.

Cette bonne grosse maison sans portail n'allait pas me déplaire.


Idéal pour écrire. Agréable à vivre.

Rien à traduire.

J'y resterai le nombre de jours suffisant pour trouver la voie de la suite.


Et puis, quand rentrerait Iona,

je tomberais sur mes fesses.


Iona était écrivain.

Elle ne s'appellait pas Iona.

18h de vol durant, elle avait joué avec moi.


La biographie ne valait rien.

Bien entendu.


Dans l'avion elle avait testé, sur elle-même,

les traits d'un prochain personnage.



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Mardi 2 septembre 2 02 /09 /Sep 09:31



Ici, comme ça. Pourquoi?


Jamais je n'ai eu de journal.

Me parler tout seul, pas besoin.


Jamais.


Et pourtant ce voyage...


Cette succession de bourlingues,

de défis!

C'est en moi je crois, plus intime.


Ma biographie, je m'en fous. Surtout si c'est moi qui l'écrit.


Déjà huit ans que je vis. Comme je vois.

Au crochet de mots que j'agrippe. Et que je perds aussitôt.


La plupart du temps c'est tant mieux.

Un grand bordel de mots faciles.

Des continents de mots-valises.

Des pans de phrases alimentaires.


Pour ça, pas la peine de chercher fossile.

L'oubli fait très bien son travail.


La plupart du temps c'est tant mieux...


Mais d'autres fois ça manque.

Vraiment.

Surtout après.

Longtemps.

Quand je souviens.


Magie de moments, belles rencontres...


Des échappées de gouttes d'encre ou de quelques lignes à échos.

Encore le goût mais plus la forme.


Des pages et des pages exclusives.

Et des éphémères qui passent.

Le temps d'être encore autre part.


Je n'ai nul part le pied à terre.

Et de moi les mots s'envolent, s'en vont.

Vers tant de mains de passage, et de regards plus proches.


Mes oiseaux voyageurs se donnent.

Ils naissent. Et puis ne reviennent pas.


Alors voilà.


De nouveau réécrire.

Revisiter ma mémoire.

Y ranger par endroit les longs écrits d'un revécu.

Ce récit bon à remplacer, comme il peut, huit ans de proses disparues.


Et tant d'autres années à venir...



Raconter ma vie de la sorte, la prolonger.

Telle quelle, en même temps qu'elle me poursuit.

D'un bout à l'autre du globe.

C'est aussi un peu de l'espoir. Peut être renouer avec, revoir,

certaines personnes, perdues avec mes propres traces.



Du grand grand monde à ma démarche, j'ai pratiqué la part de risque.

Il peut suffir d'un coup de vent pour qu'un retour de plume ça pique...


Comme ça.


Il est des étapes, des contextes, où une amitié sauve une vie.


Nous le verrons...



Réchappé à dures circonstances. Aujourd'hui requinqué.

Je tisse un filet de secours. Une maille d'adresses, et de gens autour.


J'ai appris, de certains épisodes épiques, 

qu'un lecteur averti, une complicité amie, 

fait des hasards mieux accomplis.


Et à l'instard de l'amitié, de l'amour,

le Mot, peut parfois protéger la Vie.


Deux fois trois lettres qui me lient.


Alors j'écris.


J'écris.


Et ce faisant,

je les en remercie.


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Mercredi 3 septembre 3 03 /09 /Sep 13:02


Même si ce n'était son vrai nom, Iona était repartie.


Avant je l'avais (re)connu.

Le temps de la remercier.


Encore elle avait rit.

Et confessé combien elle enviait ce voyage.


Là, du Laos, je n'avais encore rien vu.


Les rues de la capitale.

L'aéroport.

Les guest houses bon marchés.

Un week end à Luang Prabang technique.

Avec un Pierre ethnologue et une Elisa architecte.


L'aventure était derrière. Ou devant.

Ou partout.


Et moi en retard dedans.


L'autonomie, c'était pas ça.


Chaque fois, devoir me faire payer mon manger ou mon boire.

Ne pas pouvoir prendre le bus. Là où le stop n'existe pas.


Bref...


L'évasion, dans ces conditions, gâche le dépaysement.

Et le temps n'en assume rien.


Juste pour ça, je préferais la maison.

Et c'est entre trois discussions que je réparais mon projet.


Par endroits, certains mécanismes coinçaient.


Au fond, rien à redire.

Sans adhérence, seule la forme ramait. J'attendais.

Un moyen d'écrire plus loin. Péréniser.

Repérer d'avance sur la carte, les retombées de mes jets de papier.


Troquer. Vendre. Ou céder.

Des heures d'encre quotidiennes.


La routine s'élaborait pour marquer plus loin la page.



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  • : L'homme Qui ne vit que de mots est une initiative humaine, une aventure libertaire et poétique, entreprise en août 2001 et sans interruption depuis. Le concept: Vivre et voyager sans un sou! Ni compte en banque, ni richesse autre que les mots pour seul moyen de subsistance. L'auteur, qui depuis plus de 7 ans déjà tourne autour du monde à stylo, au gré des seuls fruits de sa plume, veut partager ici la chronologie d'une histoire qui ne saurait vouloir finir.
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